BGL de fantaisie suit le collectif d'artistes alors qu'ils menaient de front trois projets: deux oeuvres d'art public monumentales - celle de Montréal-Nord et celle du Centre aquatique de Toronto - et l'installation la plus gigantesque de leur carrière, Canadassimo, pour représenter le Canada à la 56e Biennale de Venise.

BGL de fantaisie: saisir l'insaisissable ***

CRITIQUE / La plus belle réussite du documentaire BGL de fantaisie, de Benjamin Hogue, sur le collectif d'artistes BGL est d'avoir su capter et traduire son esprit particulier, qui joue constamment au ping pong entre le sérieux et le futile, la démesure et le détail, la pratique et le fantaisiste.
Ce n'était pas une mince affaire. Le trio que forment Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière, si sympathique et attirant soit-il, a une personnalité et une pratique protéiforme partiellement insaisissable. Ils l'évoquent à un moment donné du documentaire : ils ont choisi les arts visuels entre autres pour rester loin des projecteurs. Mais voilà, leurs multiples projets d'envergure des dernières années ne leur ont pas laissé ce luxe.
Benjamin Hogue, qui a déjà coréalisé des portraits de Serge Lemoyne et de Claude Péloquin, signe sa première réalisation en solo. Il a suivi BGL alors qu'ils menaient de front trois projets : deux oeuvres d'art public monumentales - celle de Montréal-Nord et celle du Centre aquatique de Toronto - et l'installation la plus gigantesque de leur carrière, Canadassimo, pour représenter le Canada à la 56e Biennale de Venise.
Cette course contre la montre nous est racontée par bribes, avec des conversations tournées dans leur ex-atelier exigu du quartier Saint-Sauveur et des scènes où on les voit en pleine création dans L'Autre Caserne. On navigue parfois en pleine absurdité, tant intime qu'administrative. Le montage inclut également plusieurs retours en arrière, où on découvre grâce à des archives malheureusement pas toujours de bonne qualité, mais fantastiquement déjantées, les projets antérieurs de BGL.
On comprend comment s'est construite leur pensée, comment une niaiserie ou une réflexion à brûle-pourpoint peut se transformer en oeuvre d'art porteuse de sens et magnifique, comment leur amitié leur sert de liant, comment ils mettent la main à la pâte tout en utilisant l'humour comme soupape, quand tout pourrait exploser. On assiste à de très beaux moments.
Une structure documentaire trop rigide, avec des commentaires d'historiens de l'art, n'aurait probablement pas très bien servi le trio. Les choix sont plus échevelés. Ceux qui ne connaissent pas bien les tribulations du trio chercheront parfois où ils sont rendus en visionnant le documentaire. Il faut se laisser aller, savourer les hasards. Le film s'ouvre et se ferme d'ailleurs sur le culte impromptu que BGL a développé pour le dieu Ganesh, lorsqu'il ont trouvé sa statue au fond du lac Ontario, et que leur épopée folle a commencé.
Hors-Montréal, le film est à l'affiche au Cinéma Cartier (Québec) et à La Maison du cinéma (Sherbrooke). Il sera également présenté au Paraloeil (Rimouski) le mardi 30 mai.

Au générique
Cote: ***
Titre: BGL de fantaisie
Genre: documentaire
Réalisateur: Benjamin Hogue
Classement: général
Durée: 1h23
On aime: la folie, le foisonnement d'images montrant les projets et les oeuvres du trio, les moments intimes 
On n'aime pas: les transitions moins claires, surtout au début du film