Dans Belles familles, Jérôme (Mathieu Amalric) apprend que la demeure de son enfance fait l'objet d'un litige entre son vieux copain devenu promoteur (Gilles Lellouche) et la mairie, qui veut construire des logements sociaux.

Belles familles ou les fantômes du passé ***

CRITIQUE / On peut se demander, maintenant qu'il a 84 ans, si Belles familles sera le dernier film de Jean-Paul Rappeneau. En tout cas, le réalisateur de Cyrano de Bergerac pourrait partir la tête haute avec cette comédie dramatique familiale aux accents vaudevillesques. Un long métrage de facture classique qui porte sa signature et est mené de main de maître sur le thème «famille, je vous hais».
Jean-Paul Rappeneau le dit en entrevue: Belles familles est son film le plus personnel. Mais il en profite pour aborder des thèmes universels dans les relations familiales. Les tensions, les rivalités, la jalousie, les apparences, la transmission et la filiation, l'héritage, les secrets aussi...
L'histoire se déroule dans la France actuelle, mais elle aurait tout aussi bien pu prendre place il y a 200 ans. D'ailleurs, Rappeneau est allé puiser dans le rythme du vaudeville, avec une trame axée sur les intrigues et les rebondissements. Mais avec un peu de profondeur, tout de même, dans la psychologie des personnages, qui demeurent tout de même typés.
Au premier chef, celui de Jérôme Varenne (Mathieu Amalric), dont le retour en France avec sa femme chinoise, après 12 ans d'absence, va semer la zizanie. Au cours d'un souper désastreux avec sa mère (Nicole Garcia) et son frère (Guillaume de Tonquédec), l'homme d'affaires apprend que la demeure de son enfance fait l'objet d'un litige entre son vieux copain devenu promoteur Grégoire Piaggi (Gilles Lellouche) et la mairie, qui veut construire des logements sociaux.
Jérôme se rend en province et renoue avec Grégoire. Il découvre aussi que son amoureuse n'est autre que la belle-fille (Marine Vacth) de son père décédé. Alors qu'il tente de faire la paix avec son passé, Jérôme va plutôt s'enfoncer dans le trouble.
Rappeneau signe avec son fils Julien un film familial et choral assez convenu, au scénario parfois un peu tiré par les cheveux. Sa réalisation aérienne évite toutefois à Belles familles de sombrer dans l'ennui. Menée avec beaucoup d'efficacité et bien rythmée, sa mise en scène multiplie les ellipses de courte durée et permet de comprimer les quelques jours pendant lesquels Jérôme tente de recomposer son passé et de comprendre ce qui se passe dans le présent.
Oppositions
Le film joue des oppositions entre les deux frères, la mère et la maîtresse du père, la femme de Jérôme et sa nouvelle flamme... Avec autant de protagonistes, certains personnages secondaires sont à peine esquissés (notamment l'avocat joué par Yves Jacques). Mais à la fin, chaque morceau s'emboîte parfaitement pour composer un portrait de cette prétendue «belle» famille.
On aurait aimé que Rappeneau pousse plus loin les tenants et aboutissants de ce chassé-croisé qui ne nous surprend guère. Mais avec une distribution très forte, beaucoup de style dans la réalisation, cette comédie douce-amère navigue entre la nostalgie et la fantaisie avec beaucoup de grâce.
Belles familles appartient à une époque révolue, celle des grands films populaires français. En soi, ce n'est pas un défaut. Bien au contraire.
Au générique
Cote:  *** 
Titre: Belles familles
Genre: comédie dramatique
Réalisateur: Jean-Paul Rappeneau
Acteurs: Mathieu Amalric, Marine Vacth et Gilles Lellouche
Classement: général
Durée: 1h53
On aime: la réalisation stylée, la forte distribution, les coups de théâtre
On n'aime pas: assez convenu, un peu tiré par les cheveux, quelques longueurs