Ballerina utilise l'archétype du vilain petit canard qui rêve de devenir un cygne, assaisonné à la sauce Rocky.

Ballerina: multiples faux pas **

CRITIQUE / Il est facile de comprendre pourquoi Ballerina a connu un large succès en France. La coproduction franco-québécoise est une copie conforme de l'animation made in USA. Il perd ainsi la spécificité réelle et remarquable des animateurs français. Dépourvu de toute personnalité, avec un scénario hyper-prévisible et des personnages caricaturaux, il offre néanmoins une recette réconfortante. Mais fade.
Félicie et Victor ont de grands rêves. Elle veut devenir danseuse étoile à l'Opéra de Paris, lui, le plus grand inventeur de tous les temps. Déterminés, ils s'évadent de l'orphelinat et mettent le cap sur la Ville lumière après une poursuite rocambolesque - le meilleur moment du film. Malheureusement, il nous reste encore 1h20...
Par un heureux hasard de circonstances, comme il y en a beaucoup trop dans Ballerina, Félicie est recueillie par Odette, une ex-danseuse vedette. L'adolescente entre ensuite à l'Opéra en usurpant l'identité de Camille Le Haut, une jeune bourgeoise arrogante soumise à une mère arriviste et cruelle. Prise en grippe par le maître de ballet Mérante et sans véritable technique, Félicie doit réussir à décrocher le premier rôle de Casse-Noisette sous peine d'expulsion...
Ballerina utilise l'archétype du vilain petit canard noir qui rêve de devenir un cygne, assaisonné à la sauce Rocky. La pauvre orpheline mue par la passion entreprend un entraînement de fortune en un temps record qui doit lui permettre de triompher de la riche surentraînée qui danse mécaniquement... Ce qui donne droit à quelques superbes numéros de danse classique, «chorégraphiés» par l'ex-étoile Aurélie Dupont.
Notre héroïne survoltée au 220 s'éprend aussi d'un prince russe (bonjour le cliché), tout en délaissant le maladroit Victor, secrètement épris de son amie d'enfance...
Ce récit dépourvu d'originalité s'appuie, on aura compris, sur des schémas classiques qui ont prouvé leur efficacité. Il est servi, et c'est sa plus grande force, dans un superbe écrin. Si l'animation est correcte, les décors sont visuellement impeccables. On découvre le Paris de l'époque dans toute sa splendeur, notamment le début de la construction de la tour d'Eiffel.
Une scène dans un bistro, au son de la musique celtique, alors que Félicie démontre toute sa fougue, son originalité et son talent illustre exactement ce qui manque cruellement à Ballerina.
Ce bien piètre ersatz des films de Disney s'avère décevant. Mais les jeunes enfants, disons de 3 à 10 ans, n'y verront que du feu. Les plus vieux trouveront que c'est du déjà-vu.
Le pire, c'est que non contente de faire un film d'assimilé, la production a choisi d'insupportables chansons pop guimauve en anglais lors de certains passages, supposément pour susciter une plus grande émotion. Faut-il rappeler que l'action se déroule à Paris à la fin du XIXe siècle? Il ne s'agit pas seulement d'un anachronisme, passe toujours, mais bel et bien d'aplaventrisme culturel. Dire que le gouvernement du Québec a investi de l'argent là-dedans...  
Au générique
Cote: **
Titre: Ballerina
Genre: animation
Réalisateurs: Eric Summer et Éric Warin
Classement: général
Durée: 1h30
On aime: La splendeur du Paris d'époque.
On n'aime pas: Les trous du scénario. Les personnages caricaturaux. L'aplaventrisme culturel. Le manque de personnalité.