Charles Azanavour
Charles Azanavour

Aznavour, le regard de Charles : Droit dans ses yeux *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / On a filmé Charles Aznavour, comme bien de grandes vedettes, sous tous les angles et à tout âge. Mais Aznavour, le regard de Charles offre une perspective absolument inédite — la sienne. Marc di Domenico, un ami de la famille, a eu accès aux images d’archives que le cinéaste a tournées avec une caméra portative depuis le début de sa carrière. En résulte un fascinant long métrage de montage sur le légendaire chanteur.

«Moi aussi, je vous ai vu», dit Aznavour d’emblée. Et à tout point de vue : 1948, lorsqu’Édith Piaf lui donne son premier appareil, jusqu’en 1982... Il a ensuite rangé tous ses trésors en 8 et 16 mm dans une chambre secrète. Le cinéaste français, qui lui a consacré Aznavour autobiographie (2018), a exhumé ce butin.

Puis il a prélevé du texte dans les cinq biographies et les chansons comme La Bohème, Montmartre, etc. pour la narration, assurée par l’acteur Romain Duris (L’arnacœur, Les poupées russes).

On ne s’étonnera pas de voir, malgré tout, de nombreux segments d’Aznavour en spectacle, comme une interprétation de For Me… Formidable au Carnegie Hall en 1963. L’intérêt loge ailleurs, dans la promesse du titre, dans ce regard que l’apprenti cinéaste pose sur les gens et sur les lieux où l’amènent ses nombreuses tournées, notamment à Montréal à ses débuts, et ses nombreux tournages — le regretté artiste a joué dans plus 80 longs métrages !

Dans Un taxi pour Tobrouk (1961), il va jusqu’à fixer une caméra sur le capot d’une voiture pour avoir des souvenirs de Lino Ventura avec lui ! Aznavour savait se débrouiller avec un objectif : il compose ses images, dirige sa femme, refait certains plans…

Forcément, l’exercice, assez disparate, se révèle narcissique. Après tout, on le présente comme «un film de Charles Aznavour réalisé par Marc di Domenico». Le succès lui a monté à la tête, mais il démontre assez de lucidité à ce propos. L’homme se raconte, se dévoile même avec honnêteté.

C’est quand il évoque son père et son héritage arménien, notamment un voyage sur place en 1964 où «je filme mon histoire», que le long métrage s’élève au-dessus du panégyrique.

C’est quand il évoque son père et son héritage arménien, notamment un voyage sur place en 1964 où «je filme mon histoire», que le long métrage s’élève au-dessus du panégyrique.

On aurait souhaité plus de moments comme ceux-là, moins vendeurs, certes, mais plus authentiques que le recours trop fréquent d’extraits d’émissions de télévision. Avec autant d’images tournées par Aznavour et ses proches, notamment Ulla Thorsell, son épouse pendant 52 ans, on s’imagine ce que di Domenico a pu laisser de côté !

N’empêche : Aznavour, le regard de Charles sort du carcan du «biopic» habituel et s’avère, à ce titre, un objet singulier. En plus de faire revivre le géant de la chanson française, décédé en 2018 à 94 ans.

Au générique

Cote : ***

Titre : Aznavour, le regard de Charles

Genre : Documentaire

Réalisateur: Marc di Domenico

Durée : 1h23