Aznavour dans «Tirez sur le pianiste» de Truffaut

Aznavour, aussi vedette de cinéma

PARIS — Monstre sacré de la chanson française, Charles Aznavour, décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 94 ans, a aussi joué dans une soixantaine de films, chez François Truffaut, Claude Chabrol, Claude Lelouch, Volker Schlöndorff ou Atom Egoyan.

La fin d’année 1960 est décisive à double titre pour la carrière d’Aznavour. Le 12 décembre, la critique, jusqu’alors très aigre à son endroit, le consacre enfin vedette du music-hall, éblouie par son fameux concert à l’Alhambra de Paris. Mais c’est trois semaines plus tôt, le 25 novembre, que ses talents — de comédien, cette fois — sont reconnus dans Tirez sur le pianiste, de François Truffaut.

Aznavour brille par sa composition subtile qui fait ressortir la fragilité de son personnage, Charlie Kohler. «Sa silhouette gracile le fait ressembler à saint François d’Assise», dit de lui Truffaut qui l’avait d’abord approché avec l’intention de lui consacrer un documentaire. Bien plus qu’une parodie de film noir, ce long-métrage inclassable peine toutefois à rencontrer son public.

En cette même année 1960, Aznavour est également remarquable dans Le passage du Rhin d’André Cayatte, récompensé du Lion d’or à Venise, et dans Un taxi pour Tobrouk, dialogué par Michel Audiard et réalisé par Denys de La Patellière, sous la direction duquel il tournera trois autres films (Tempo di Roma, Pourquoi Paris? et une nouvelle version de Caroline chérie).

Ses premiers rôles, non crédités, remontent à 1936 et 1938 dans La guerre des gosses et Les disparus de Saint-Agil. Il dira s’être imprégné, adolescent, de la méthode Stanislavski, axée sur la prise de conscience intérieure par l’acteur de son personnage. Ce qui lui servira autant pour ses tours de chant que devant la caméra.

C’est dans Adieu chérie (1946) réalisé par Raymond Bernard, avec Danielle Darrieux en vedette, qu’il obtient son premier rôle.

Mais il doit attendre 12 ans avant de se faire remarquer dans La tête contre les murs de Georges Franju (1958). Notamment par Jean-Pierre Mocky, qui l’engage pour sa première réalisation Les dragueurs en 1959, année où il obtient aussi un petit rôle dans Le testament d’Orphée de Jean Cocteau.

Carrière internationale

Au milieu des années 60, Aznavour joue chez Julien Duvivier (Le diable et les dix commandements) et Pierre Granier-Deferre (Paris au mois d’août et La métamorphose des cloportes).


« Sur la bonne soixantaine de films que j’ai tournés, il y a quand même beaucoup de navets »
Charles Aznavour

La décennie suivante le voit s’aventurer en Italie chez Sergio Gobbi (Le temps des loups, Un beau monstre), aux États-Unis chez un faiseur de James Bond Lewis Gilbert (Les derniers aventuriers), en Angleterre chez Peter Collinson (Dix petits nègres) et même en Allemagne chez Volker Schlöndorff pour un rôle secondaire dans Le tambour, Palme d’or ex-aequo à Cannes avec Apocalypse Now de Francis Ford Coppola en 1979.

À partir des années 80, Aznavour ralentit le rythme. Claude Chabrol lui offre cependant un rôle important aux côtés de Michel Serrault dans Les fantômes du chapelier. À cette même époque, Claude Lelouch enchaîne deux films avec lui: Édith et Marcel et Viva la vie.

En 2002, il revient au premier plan chez Atom Egoyan dans Ararat qui évoque le génocide arménien. Et les oreilles attentives reconnaissent sa voix dans la version française de Là-Haut des studios d’animation Pixar.

Reste enfin cette perle érotico-psychédélique que fut Candy de Christian Marquand (1968), dans laquelle il joue un... bossu lubrique. Une production internationale dont il partage l’affiche avec Marlon Brando, Richard Burton, Anita Pallenberg, John Huston, le boxeur Sugar Ray Robinson et même Ringo Starr!

«Sur la bonne soixantaine de films que j’ai tournés, il y a quand même beaucoup de navets», dira-t-il. «Avec le recul, je peux être fier d’une petite dizaine d’expériences, avec Franju, Truffaut, Cayatte, Duvivier, Chabrol ou Schlöndorff [...] C’était une respiration et une détente pour moi d’échapper à l’univers assez solitaire du music-hall.»