Guillaume Canet joue le rôle d'un agriculteur écrasé par les dettes qui perd pied.
Guillaume Canet joue le rôle d'un agriculteur écrasé par les dettes qui perd pied.

Au nom de la terre: Broyé par la maudite machine agricole ****

CRITIQUE / Bêtement résumé, Au nom de la terre raconte la chute d’un homme qui perd pied sous le poids de ses dettes et n’a plus rien auquel il peut s’accrocher, même sa famille aimante. Mais ici, c’est tout le contexte qui compte. Parce que Pierre Jarjeau est broyé par la maudite machine agricole qui le force à transformer la ferme familiale en industrie. En résulte un formidable et remuant drame social, superbement interprété et réalisé.

Au nom de la terre s’amorce en 1979 alors que Pierre (Guillaume Canet), 25 ans, rentre au pays pour retrouver Claire (Veerle Baetens) et reprendre la ferme familiale.

Vingt ans plus tard, la couple a deux enfants et coule encore des jours heureux. Ça ne va pas durer. Pour éviter de sombrer, l’agriculteur se résigne à prendre de l’expansion, malgré la désapprobation marquée du paternel (Rufus), bien assis sur sa fortune.

Les dettes s’accumulent, mais il faut investir. Les Jarjeau sont aspirés dans un cercle vicieux et c’est Pierre qui se retrouve tout au fond, épuisé par le travail et sa volonté de ne pas abandonner. Jusqu’à la perte de contact avec la réalité...

Les paysages bucoliques de la France rurale contrastent fortement avec la charge titanesque de travail et la pression qui en découle. Le film enchaîne les scènes, plus poignantes les unes que les autres.

Édouard Bergeon n’est pas le premier (ni le dernier) à se pencher sur les drames qui secouent l’agriculture familiale et l’implacable pression du monde industriel (on n’a qu’à voir le scandale récent des pesticides au Québec).

Récemment, Sébastien Pilote, avec Le démantèlement (2013), Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, avec le documentaire Le plancher des vaches (2015), s’y étaient attaqués de belle façon. Mentionnons aussi le superbe Petit paysan du Français Hubert Charuel, meilleur premier film aux Césars 2018, voire Roxanne (2019) de Mélanie Auffret.

Sans rien enlever aux autres productions, Au nom de la terre a un surplus d’âme — qu’on sache ou non que le réalisateur s’est inspiré du propre drame de son père (il s’était d’abord penché sur la question avec un documentaire, Les fils de la terre, en 2012). Bergeon sait d’instinct filmer les gestes, les champs et les élevages.

Certes la mise en scène minimaliste manque un peu d’audace, mais elle fait écho à cette esthétique naturaliste, axée sur le «réel», dont Ken Loach se fait le chantre. L’évocation n’est pas fortuite. Comme le maître réalisateur de Moi, Daniel Blake (2016) et du Vent se lève (2006), Édouard Bergeon plonge au cœur du social en portant un regard humaniste sur les gens qu’ils filment (et les bêtes).

À ce propos, il faut souligner la formidable incarnation de Guillaume Canet, qui se contente parfois de faire le bellâtre ou, à l’inverse, de surjouer. Cette fois-ci, l’acteur est totalement incarné et ça n’a rien à voir avec sa métamorphose physique. La détresse de Pierre s’empare totalement de l’écran. Veerle Baetens, dans le rôle de l’épouse mère-courage qui tient la famille à bout de bras, n’est pas en reste.

Même si certaines scènes sont bouleversantes, <em>Au nom de la terre </em>évite heureusement de tomber dans le pathos.

Car il y a aussi, dans ce film qui broie le cœur, une véritable chronique familiale. Au nom de la terre évite heureusement de tomber dans le pathos. De la même façon qu’il ne tombe pas dans le film à thèse.

Dans un cas comme dans l’autre, le spectateur n’a nul besoin de se faire prendre la main pour constater ce qui se déroule sous ses yeux et ressentir sa force d’impact.

Assurément l’un des films les plus bouleversants que j’ai vus dans les deux dernières années. Le dernier plan d’Au nom de la terre tirerait des larmes à une roche...

Au générique

Cote : ****

Titre : Au nom de la terre

Genre : Drame

Réalisateur : Édouard Bergeon

Acteurs : Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus

Durée : 1h43