Mathieu (Jules Bencherit), un petit rebelle de la banlieue parisienne, entre au Conservatoire grâce à la bienveillance de Pierre Geithner (Lambert Wilson). Photo TVA-Films

Au bout des doigts: Air connu ** 1/2

CRITIQUE / Au bout des doigts a tout pour plaire. Un récit initiatique sur la transmission, l’apprentissage mutuel et la persévérance, des acteurs formidables, une montée dramatique en crescendo, de bonnes valeurs… C’est seulement que ce récit cousu de fil blanc, aux rebondissements convenus et totalement dépourvus d’un point de vue original, on l’a déjà vu un nombre incalculable de fois.

On ne fera pas toute la nomenclature des longs métrages semblables au cinéma français, mais on peut penser au Brio d’Yvan Attal (2017), sur l’art oratoire, La famille Bélier d'Éric Lartigau (2014), sur la chanson, ou, encore, L’esquive de Kechiche (2004), sur le théâtre, films largement supérieurs sur le sujet. Avec la même prémisse : peu importe son origine et son milieu social, on peut aspirer à accomplir de grandes choses (évidemment, ce sont toujours des histoires de réussite).

Le film de Ludovic Bernard est centré sur Mathieu (Jules Bencherit), un petit rebelle de la banlieue parisienne qui se laisse (facilement) entraîner pas ses copains sur la pente glissante de la délinquance. Un cambriolage qui tourne mal et le jeune homme fait face à la prison.

Heureusement pour lui, Pierre Geithner (Lambert Wilson), haut responsable du Conservatoire de musique, a remarqué son indéniable talent alors qu’il s’exerçait sur un piano public. Il lui offre de faire des travaux d’intérêt général sur place pour éviter l’incarcération.

Ce mentor en devenir a évidemment une autre idée en tête : inscrire le prodige en manteau de cuir à un concours international pour lancer sa carrière. Et sauver la sienne, qui bât de l’aile depuis la mort tragique de son fils unique (un pianiste, bien sûr…).

Il lui adjoint la meilleure et intraitable professeure du Conservatoire, surnommée la Comtesse (Kristin Scott Thomas), qui trouve que le jeune homme n’a pas l’humilité et la vertu essentielles du musicien classique.

Car Mathieu a de l’attitude et une forte tête. Évidemment, le chemin de la rédemption est parsemé d’embûches et de l’amour d’une jeune femme, avec laquelle il va former un duo ivoire et ébène. Normal, tout le film joue un air connu sur le mode «quand on veut, on peut».

Vu comme ça, il ne faut guère se surprendre si les personnages sont très typés. Avec de si maigres partitions, Lambert Wilson et Kristin Scott Thomas, en véritables virtuoses, font tout de même des étincelles. Quant à Jules Bencherit, bon sang ne saurait mentir : le fils du réalisateur Samuel Bencherit et de la regrettée Marie Trintignant évite de trop en faire en virtuose même si son jeu manque de nuances.

Au bout des doigts joue sur l’opposition «naturelle» entre jeunes et vieux; banlieue et ville; pauvres et riches.

La réalisation, très classique, s’appuie aussi sur des techniques éprouvées, notamment dans l’utilisation du montage parallèle et des plans de réaction pour susciter de l’émotion aux bons moments.

C’est justement ce qui devient agaçant. Déjà que le scénario est prévisible, Ludovic Bernard (qui a longtemps œuvré comme assistant-réalisateur) se sent obligé de surligner au lieu de se faire confiance. Ce qui, ironiquement, est le contraire de ce qu’enseigne Pierre à Mathieu.

Un film réconfortant, certes, mais dont les effets se dissipent rapidement.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Au bout des doigts

Genre : Drame

Réalisateur : Ludovic Bernard

Acteurs : Jules Bencherit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas

Classement : Général

Durée : 1h45

On aime : la solide interprétation.

On n’aime pas : l’histoire connue. La réalisation convenue. Le manque de profondeur.