Le documentaire Arile et Matanda suit la trajectoire d'ex-hors-la-loi qui se réinventent une vie avec la course d'endurance.

Arile et Matanda: la course contre la mort ***1/2

CRITIQUE / La course de fond est un sport national au Kenya, au même titre que le hockey au Canada. Mais c'est aussi une échappatoire pour les bandits de grand chemin qui obtiennent l'amnistie et une paire de souliers de course s'ils acceptent de rendre les armes. Arile et Matanda suit, pendant 10 ans, la trajectoire de ces guerriers qui tentent d'échapper à leur destinée et de se réinventer une vie, du bush jusqu'au marathon de New York.
Julius Arile et Robert Matanda sont des amis d'enfance, devenus voleurs dans des circonstances troubles. La vie de paria pèse surtout sur le premier. Athlète naturel, les années à courir après le bétail et à fuir la police l'ont prédisposé à la course d'endurance. Lorsque l'occasion se présente, il n'hésite pas à troquer son fusil. Le second est plus réticent, mais finit néanmoins par suivre son ami.
Les deux jeunes hommes commenceront à s'entraîner. Alors qu'Arile ambitionne de devenir marathonien professionnel, Matanda choisit plutôt le chemin de la politique. 
Le premier long métrage documentaire d'Anjali Nayar donne la parole à ces ex-hors-la-loi, explorant leurs rêves et leur quête d'indépendance, mais aussi les côtés les plus obscurs de l'aventure. Matanda, resté en arrière, est jaloux de son ami. Arile a délaissé sa famille, qui lui reproche amèrement de courir après des chimères qui ne leur apportent rien à manger. Ses proches mettent de la pression.
Portrait intime
Le portrait intime que trace la cinéaste d'origine montréalaise est saisissant. La confiance qu'elle a su gagner au fil du temps permet au spectateur d'entendre et de voir le duo comme dans un livre ouvert. Les doutes et le découragement d'Arile, pas certain d'avoir l'étoffe des grands, surtout après quelques échecs retentissants. L'ambition de Matanda, qui justifie la corruption électorale sous le couvert de mettre du pain sur la table.
Anjali Nayar a soigné sa mise en scène, dont la montée dramatique ressemble à celle d'un suspense dramatique, jusqu'à tourner des reconstitutions d'évènements marquants pour ses personnages. En les suivant, elle aborde du coup la pauvreté des Kenyans, la situation des femmes et, dans une moindre mesure, le contexte sociopolitique.
C'est principalement là que le bât blesse. Il manque au spectateur moyen quelques clés pour bien décoder le contexte dans lequel Arile et Matanda évoluent. Pas besoin d'un cours magistral, mais on a parfois l'impression de ne pas comprendre les tenants et aboutissants des actions que posent les deux hommes dans le contexte kenyan. Le film met aussi l'accent sur Arile, plus intéressant à suivre que Matanda. Ce déséquilibre est agaçant.
Reste qu'il s'agit d'une formidable histoire qui nous fait réfléchir sur la condition humaine et le clivage qui existe entre l'Occident et le fier-monde, comme disait Sol. Les amateurs de documentaire vont trouver leur compte dans cette production de qualité. Les marathoniens en herbe aussi...
Au générique
Cote:  *** 1/2
Titre: Arile et Matanda
Genre: documentaire
Réalisatrice: Anjali Nayar
Acteurs: Julius Arile et Robert Matanda
Classement: général
Durée: 1h30
On aime: l'approche humaine, le sujet, la portée du film dans le temps
On n'aime pas: un manque de contexte, un déséquilibre dans l'approche