Sônia Braga offre une performance tout en intériorité et subtile. Elle incarne Clara, une femme fière de résister parce qu'elle est convaincue de son bon droit, avec beaucoup de panache.

 Aquarius: le chant de la résistance ***1/2

CRITIQUE / Un film ne peut peut-être pas faire tomber un gouvernement, mais il peut l'ébranler. Surtout quand son sujet est une métaphore sur le pouvoir en place qui dénonce la corruption, le laxisme des autorités, la mainmise du pouvoir économique et sa coercition des gens ordinaires qui refusent d'abdiquer. Le brillant Aquarius, de Kleber Mendonça Filho, a fait ça et suscité une énorme controverse au Brésil.
Aquarius est le nom d'un modeste immeuble de Recife où réside Clara (Sônia Braga). À la retraite, l'ex-critique musicale sexagénaire y vit seule depuis qu'un promoteur en a évincé ses habitants. Malgré l'insistance et les offres de celui qui veut construire une tour à condos sur le bord de la mer, semblable à celles qui entourent l'Aquarius, la veuve, têtue et forte, refuse de vendre.
Clara va bientôt subir le harcèlement de Diego Bonfilm (Humberto Carrao), le fils du promoteur, mais aussi les pressions d'anciens voisins qui vont toucher un boni lorsque l'affaire sera conclue. Sans parler de ses enfants inquiets qui la poussent à vendre.
Ébranlée, la battante réfléchira à sa vie, son passé et ceux qu'elle aime, tout en flirtant plus ou moins sérieusement avec Roberto (Irandhir Santos), le sympathique sauveteur de la plage où elle se baigne quotidiennement.
À partir de cette trame toute simple, inspirée de ses observations sur la situation de sa ville natale, Kleber Mendonça Filho réalise un film qui reflète les problèmes sociaux qui agitent le Brésil en général et Recife en particulier. Mais la force de son chant de résistance réside dans sa portée universelle - on peut facilement transposer les grandes lignes de cette dénonciation du capitalisme sauvage et de cette volonté de faire table rase du passé au nom du «progrès» aseptisé et consumériste. 
Dans Les bruits du voisinage, représentant du Brésil aux Oscars 2014, le cinéaste démontrait une signature esthétique forte dans de magnifiques plans et une approche dépouillée, voire impressionniste. Il reprend le même crédo. Avec, à nouveau, un travail soigné sur le son et la musique, partie intégrante de la personnalité de Clara.
Celle-ci est magistralement interprétée par Sônia Braga, révélée à l'international par son rôle marquant dans le fascinant Le baiser de la femme-araignée (1985, Héctor Babenco). La grande actrice, qui a aussi beaucoup joué à la télé américaine, offre une performance tout en intériorité et subtile. Elle incarne avec beaucoup de panache cette femme fière de résister parce qu'elle est convaincue de son bon droit.
Le portrait de Filho n'est pas décapant ou revendicateur. Il place l'humain en son centre, laissant le spectateur tirer ses conclusions. Il a d'ailleurs suscité des réactions opposées - et épidermiques - dans les salles brésiliennes, où le film a initialement été classé 18 ans et plus, puis 16 ans et plus! Parce qu'on y voit un peu de sexe et de consommation de drogues, mais pas de quoi fouetter un chat. 
Il ne représentera pas le pays aux Oscars, une autre mesure de représailles, juge-t-on au pays, à la suite de la manif de ses artisans lors de la montée des marches au Festival de Cannes. Ils dénonçaient la destitution de l'ex-présidente Dilma Rousseff comme un coup d'État.
Aquarius est un film inspiré et inspirant.
Au générique
Cote:  ***1/2
Titre: Aquarius
Genre: drame social
Réalisateur: Kleber Mendonça Filho
Acteurs: Sônia Braga, Irandhir Santos et Humberto Carrao
Classement: en attente de classement
Durée: 2h22
On aime: la signature forte du réalisateur; l'angle d'attaque; le portrait de société
On n'aime pas: un rythme un peu lent