Image tirée du film «L'été», du cinéaste russe Kirill Serebrennikov

Appel à libérer Serebrennikov à Avignon

AVIGNON — Contre «le régime de la peur», un appel a été lancé mardi au Festival d’Avignon pour la remise en liberté du metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence depuis un an à Moscou, à la veille d’une audition qui doit examiner la prolongation de cette mesure.

De jeunes artistes portant un T-shirt sur lequel était écrit «Free Kirill» ont été applaudis lors d’un événement organisé par l’artiste français David Bobée, qui a collaboré avec le metteur en scène russe arrêté en août pour «détournement de fonds».

Comme lors du Festival de Cannes en mai, une chaise vide a été placée sur une tribune en hommage au directeur artistique du Centre Gogol de Moscou, un théâtre contemporain moscovite réputé. «Demain, il y aura une audition. Et à Avignon c’est la journée hommage à Kirill Serebrennikov [...]. Tout est très étrange dans ce monde», a commenté mardi le Centre sur sa page Facebook.

Serebrennikov, qui rejette les accusations de détournement de fonds publics, a été arrêté, alors qu’il venait de terminer le tournage de Leto (L’été), film projeté à Cannes.

Son arrestation a causé une onde de choc dans le monde et des motivations politiques ont été avancées, bien que Serebrennikov ne soit pas ouvertement opposé à Vladimir Poutine.

«Kirill Serebrennikov est un homme dangereux», a déclaré la dramaturge française Gerty Dambury devant un parterre de festivaliers à Avignon. «Il doit l’être vraiment, pour qu’un immense pays, détenteur de la deuxième armée du monde, juge opportun et rassurant de l’enfermer», a-t-elle ironisé.

Fin avril, un tribunal de Moscou a prolongé l’assignation en résidence du metteur en scène.

«Des hommes du FSB [services de sécurité russes], ancien KGB, campent devant sa porte depuis près d’un an maintenant [...] Il n’a pas pu rendre de dernière visite à sa mère, décédée il y a trois mois», a précisé Mme Dambury.

Lors de son arrestation, le Russe de 47 ans préparait une pièce pour le Festival d’Avignon sur le photographe chinois Ren Hang, qui s’est donné la mort à l’âge de 29 ans en février 2017 selon plusieurs médias.

Cette pièce «sera créée exactement comme Kirill le souhaite» et «figurera dans la programmation» d’Avignon 2019, a annoncé la dramaturge. Une information que le Festival n’a pas confirmée immédiatement.

Serebrennikov a déjà présenté deux spectacles à Avignon: une version théâtrale de Les Idiots d’après le film de Lars von Trier (2015) et Les âmes mortes de Nikolaï Gogol (2016).

«Régime de la peur»

À 48 ans, il avait secoué la scène théâtrale moscovite avec des œuvres avant-gardistes qui provoquent la colère des milieux conservateurs. On lui reproche d’user de la nudité et d’injures sur scène et de se livrer à des adaptations personnelles des classiques russes.

«Bien sûr que Kyrill est depuis des années harcelé par l’Église et par l’État, par la presse officielle [...] Il y a eu des menaces de mort sur son portable, postées, portées chez lui», a indiqué Mme Dambury dans son discours.

«Le monde de Kirill comme celui de Ren Hang ne peut pas être touché par le régime de la peur», selon le discours prononcé à Avignon.