Le naturel des acteurs est confondant, en particulier Sasha Lane, une belle révélation. Mais de là à faire semblant que American Honey est intéressant, non merci.

American Honey: les idiots *

CRITIQUE / Cinq mois après la fin de la 69e édition du Festival de Cannes, je cherche encore à comprendre ce qu'une bonne partie de la critique trouve à American Honey - remarquez, c'est la même chose avec le récent The Birth of a Nation, de Nate Parker. Est-ce moi, docteur? Surtout que le très, très long métrage d'Andrea Arnold a gagné le Prix du jury sur la Croisette. Je persiste et signe : une mauvaise téléréalité d'une platitude absolue, un road-movie qui erre sans but et sans destination.
Il s'agissait de la troisième fois que la Britannique remportait la même récompense, après Red Road, 2006, et Fish Tank, 2009. On y trouve les mêmes fondements cinématographiques naturalistes, basés sur l'utilisation d'acteurs amateurs, une caméra portée avec du son ambiant et de la lumière naturelle. 
Un style qui convient parfaitement à cette virée chez les white trash américains, qui permet de mettre en lumière qu'une certaine partie de la population qui pense vivre en toute liberté est en fait victime de son ignorance, son manque de jugement et de la pensée magique. Bref, des idiots.
American Honey s'attache à Star (Sasha Lane), 18 ans, qui décide de se joindre à un groupe de jeunes qui font du porte-à-porte en arnaquant les gens, pour les beaux yeux de Jake (Shia LaBeouf) et, surtout, sortir du trou où elle vit. Mais son petit délinquant minable se tape déjà Krystal (Riley Keough), la chef des jeunes errants. Bonjour le mélo prévisible sur fond de triangle amoureux.
À la limite, ça aurait pu être intéressant, tout comme le road-movie dans l'Amérique profonde - même si c'est du déjà-vu 100 fois aussi.
Mais non, il faut en plus qu'Arnold enfile cliché sur cliché à propos de sa tribu, en plus de transformer chaque déplacement en interminable clip rap sur fond de défonce minable. Et on ne parle même pas des dialogues insignifiants, du manque d'enjeu dramatique, du naturalisme maniéré... Du grand n'importe quoi, sans intérêt.
Le film a une parenté évidente avec le cinéma de Von Trier, en particulier Les idiots, et Van Sant, surtout Drugstore Cowboy - films qui ne font pas l'unanimité, eux non plus. Mais il y avait chez le Danois un discours articulé et chez l'Américain une forme accomplie dans ces films. Deux choses qui manquent cruellement à ce long métrage informe qui (se) cherche beaucoup sans trouver grand-chose.
Bien sûr, le naturel des acteurs est confondant, en particulier Sasha Lane, une belle révélation. La radiographie de la topographie américaine, tant dans ses paysages que dans son urbanité, est révélatrice. Il y a aussi le fait qu'Arnold braque son objectif sur des jeunes marginaux qu'on ne voit jamais à l'écran. 
Mais de là à faire semblant que c'est intéressant, non merci. Avis à ceux qui veulent perdre 2h43 de leur vie, j'ai cordialement détesté cet interminable film prétentieux. J'imagine que vous aviez compris...
Au générique
Cote: *
Titre: American Honey
Genre: drame de moeurs
Réalisatrice: Andrea Arnold 
Acteurs: Sasha Lane, Shia LaBeouf et Riley Keough
Classement: 13 ans et plus
Durée: 2h43
On aime: pas grand-chose
On n'aime pas: à peu près tout