L'appétit gargantuesque de Mike (Ludovic Berthillot) exerce un étrange pouvoir de fascination sur les clients du El Palacio, qui vont y voir une espèce de divinité.

All You Can Eat Bouddha: gargantuesque! ***1/2

CRITIQUE / Il est dit qu’on a qu’une seule chance de faire bonne impression. Ian Lagarde n’a pas manqué la sienne avec All You Can Eat Bouddha. Son premier long métrage, au traitement onirique et décalé, affiche une signature qui lui est propre, tout en assumant ses influences. Le réalisateur québécois signe une satire sociale étonnante, dont les principaux personnages sont un ventripotent bonhomme, un G.O. pathétique et… une pieuvre!

All You Can Eat Bouddha pourrait se résumer assez simplement. Mike (Ludovic Berthillot) arrive dans un tout inclus des Caraïbes, où il mange à l’excès — à La grande bouffe (1973) de Ferreri. Son appétit gargantuesque exerce un étrange pouvoir de fascination sur les clients du El Palacio, qui vont y voir une espèce de divinité.

Ce sont, toutefois, les autres personnages secondaires qui gravitent autour de Mike qui s’avèrent captivants pour le spectateur. À commencer par Jean-Pierre (David La Haye), le «gentil organisateur» un peu épais sur les bords, qui tente de rivaliser avec Mike. Il y a aussi ce maître d’hôtel compatissant (Sylvio Arriola) et Esmeralda (Yaïté Ruiz),une femme de chambre attentive, qui accompagnent leur client dans sa chute. Et cette pieuvre géante avec laquelle Mike noue une étrange relation…

Paysage visuel détonnant

Ian Lagarde compose un paysage visuel détonnant que n’aurait pas renié Peter Greenaway (Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant) sur le plan esthétique. Il a une façon très particulière de filmer ce paysage supposément idyllique qui se déglingue au même rythme que décline la santé de Mike. Les extérieurs sont magnifiques — normal puisque le cinéaste travaille aussi comme directeur photo, notamment les très beaux Vic + Flo ont vu un ours de Denis Côté et Le cœur de madame Sabali de Ryan McKenna.

Le réalisateur a aussi porté une attention particulière à l’enrobage sonore de son long métrage, créant des vagues sonores successives qui contribuent à l’étrangeté de l’ensemble, tout comme les bruits d’animaux omniprésents.

Exercice déstabilisant

All You Can Eat Bouddha est un exercice déstabilisant, inspiré des maîtres du surréalisme, de Buñuel à Fellini en passant par Antonioni et Pasolini. Ce faisant, il est ouvert à toutes les interprétations — sa principale force.

Bien sûr, il y a une dimension spirituelle à ce huis clos à ciel ouvert, reflété dans le titre. On y retrouve aussi une critique de ces lieux de vacances infantilisants où un bracelet permet de consommer à l’excès, sans trop se soucier de ceux qui s’échinent pour accommoder les moindres désirs du client… On peut aussi y voir une métaphore de l’exploitation des ressources naturelles des pays pauvres par les Occidentaux.

Le spectateur peut aussi simplement se laisser envoûter par le pouvoir hypnotique de cette œuvre d’art inclassable. Ian Lagarde laisse entrevoir de très belles choses pour l’avenir, notamment une vision du monde particulière.

All You Can Eat Bouddha fait une belle carrière internationale en festival, tout en retenant l’attention des votants aux Prix écrans canadiens avec six nominations, dont meilleur réalisateur (cérémonie : 11 mars). Preuve s’il en est, encore une fois, de la vigueur et de l’originalité de notre cinéma.

AU GÉNÉRIQUE

Cote : *** ½

Titre : All You Can Eat Bouddha

Genre : drame

Réalisateur : Ian Lagarde

Acteurs : Ludovic Berthillot, David La Haye et Sylvio Arriola

Classement : général

Durée : 1h25

On aime : le traitement onirique et décalé, l’esthétique forte, l’atmosphère envoutante

On n’aime pas :