Alice, épouse modèle, va se métamorphoser en escortes de luxe pour éviter la faillite.
Alice, épouse modèle, va se métamorphoser en escortes de luxe pour éviter la faillite.

Alice : Au pays des désillusions *** 1/2

CRITIQUE / La prémisse d’Alice se distingue par son originalité. Lorsque la jeune femme du titre s’aperçoit que son mari a dilapidé l’argent du couple en prostituées de luxe, elle décide d’endosser le rôle pour subvenir aux besoins de son fils. Joséphine Mackerras réussit à rendre le tout crédible, livrant un premier long métrage qui oscille entre le comique et le dramatique, avec un puissant message d’affranchissement.

Notre Alice (Émilie Piponnier) coule — croit-elle — des jours heureux auprès de François (Martin Swabey) et de son petit Jules. Conditionnée à plaire, elle se dévoue sans compter dans son rôle de parfaite épouse.

Son monde s’écroule sous ses pieds en constatant que leur condo sera saisi d’ici deux semaines (c’est un peu gros, mais, bon, passons). En fouillant dans les affaires de son manipulateur d’époux, Alice découvre l’agence d’escortes qu’il fréquente et s’y rend pour en analyser le fonctionnement.

La Parisienne y fait la rencontre de Lisa (Chloé Boreham) et se lie d’amitié. Une chose en entraînant une autre, la naïve se transforme en aspirante escorte — la conciliation travail-famille ne sera pas évidente — pour éviter la faillite. Ses débuts, nerveux et malhabiles, s’avèrent plus hilarants qu’érotiques! La réalisatrice évite le sordide et, on s’en doute avec une touche féminine, l’exploitation gratuite des corps.

La rencontre d'Alice avec Lisa (Chloé Boreham) sera déterminante.

D’ailleurs, le propos loge ailleurs. Pour l’essentiel, ce sont les états d’esprit d’Alice et sa transformation qui intéressent la cinéaste. Joséphine Mackerras utilise une caméra de proximité lorsqu’elle pose son regard sur sa protagoniste, souvent filmée en gros plan.

La réalisatrice n’a pas cherché pour autant à faire d’Alice une héroïne parfaite. Elle a ses failles et prend parfois des décisions mal avisées. Comme lorsqu’elle laisse François revenir dans sa vie et celle de Jules...

Émilie Piponnier porte le film sur ses épaules sans coup férir, en étant crédible autant en ingénue que, plus tard, en femme emplie d’une colère sourde. Ce rôle lui a valu un Prix d'interprétation à la Mostra de Valence 2019.

Le long métrage s’avère rafraîchissant, charmant et intelligent, mais il tombe dans une certaine forme d’angélisme en ce qui concerne la prostitution (et n’évite pas certains clichés). Les clients ont beau être «haut de gamme», ils sont tous trop gentils (et éjaculateurs précoces) pour que ce soit crédible. Des tordus, il y en a dans toutes les sphères de la société.

C’est une petite réserve sur cette comédie dramatique qui a remporté le Grand prix du jury au festival South by Southwest 2019. D’autant que les rebondissements dans le dernier acte sont bien amenés, avec une finale réussie. Ça n’arrive pas si souvent.

On peut le visionner Alice sur la plate-forme du cinéma du Parc.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Alice

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Josephine Mackerras

Acteurs : Émilie Piponnier, Martin Swabey, Chloé Boreham

Durée : 1h44