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Martin va retrouver sa passion pour l'enseignement en prenant un petit coup avant d'entrer en classe.
Martin va retrouver sa passion pour l'enseignement en prenant un petit coup avant d'entrer en classe.

Alcootest : L'enseignement en état d’ébriété *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Thomas Vinterberg retrouve Mads Mikkelsen, huit ans après l’excellent La chasse. Leur collaboration s’avère encore fructueuse dans Alcootest (Druk), d’ailleurs retenu pour la sélection officielle 2020 du Festival de Cannes. Le film démontre qu’une fausse bonne idée — surtout si elle implique de l’alcool — peut rapidement avoir de graves conséquences.

Son long métrage se penche sur un quatuor de professeurs au secondaire un peu désabusés. Ils aiment leurs élèves, mais s’engluent dans la routine.

À son 40e anniversaire, Nikolaj (Magnus Millang) évoque une théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud, selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang — il en déduit qu’un léger et constant état d’ébriété est susceptible d’ouvrir l’esprit et d’accroitre la créativité.

Il n’en faut pas plus pour que nos profs décident de mettre la théorie en pratique, prétextant une étude scientifique. Au début, tout se passe bien. Après tout, Roosevelt et Churchill affectionnaient plus que de coutume la dive bouteille (Vinterberg a inséré quelques séquences d’archives très drôles de personnages connus dans un état second, dont le président russe Boris Eltsine, un alcoolique notoire).

Mais les abus ne sont jamais bien loin et servent de révélateurs, surtout pour Martin (Mads Mikkelsen), homme légèrement apathique qui supporte de moins en moins l’indifférence de ses deux enfants et la froideur de sa femme. Le film explore les thèmes de l'amitié, des relations amoureuses, de la famille et les désillusions.

Alcootest ne pousse pas les choses aussi loin que le captivant Leaving Las Vegas (1995) de Mike Figgis, qui explorait la déchéance d’un scénariste se noyant dans l’alcool. Mais il pose un regard honnête sur la consommation et la dépendance qui peut parfois en découler. Et sans porter de jugement sur ces professeurs qui donnent un drôle d’exemple à leurs étudiants...

Vinterberg (Festen, Submarino) nous a habitués dans sa filmographie de plus en plus conséquente à une certaine gravité dans le propos, une vision presque nihiliste et parfois brutale sur la nature humaine. Il adopte pour Alcootest un ton nettement plus humoristique. Mais ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle…

Comme d’habitude, la mise en scène repose sur une forme de cinéma direct (caméra portée, lumière naturelle, son ambiant…) qui ne sacrifie pas pour autant des effets de style (discrets, mais efficaces).

Martin éprouve des difficultés avec sa femme Anika (Maria Bonnevie).

L’intérêt réside dans l’approche humaniste et empathique du réalisateur ainsi que sa direction d’acteurs — Mikkelsen, un interprète brillant, démontre encore une fois l’étendue de son talent.

On note aussi que le long métrage arrive avec une fin ouverte à toutes les interprétations concernant l’avenir de Martin. Et de beaux débats en perspective.

Alcootest vient tout juste de rafler les principales récompenses aux 33es Prix du cinéma européen : meilleur film, réalisateur, scénario (Vinterberg et Tobias Lindholm) et acteur (Mikkelsen). Des honneurs pleinement mérités.

Alcootest est présenté en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Alcootest

Genre : Drame

Réalisateur : Thomas Vinterberg

Acteurs : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe

Durée : 1h55