Alain Chabat incarne le vrai père Noël aux côtés d’Audrey Tautou (mère Noël) dans une comédie à la fois contemporaine et intemporelle.

Alain Chabat incarne le vrai père Noël

Alain Chabat s’accordait une pause, il y a deux ans, en Californie, lorsqu’est venue l’inspiration d’écrire un conte de Noël, «pour m’amuser». Sans même savoir s’il en ferait un film. Mais plus l’écriture avançait et plus l’idée s’imposait : il deviendrait Santa Claus. Au point de se laisser pousser les cheveux et la barbe pour incarner le vrai père Noël dans une comédie à la fois contemporaine et intemporelle.

Le sympathique acteur et réalisateur français, joint par téléphone à Paris, n’a pas écrit dans l’optique de tourner un classique — «il ne faut quand même pas exagérer» —, mais il a tenté d’en réunir tous les éléments : «de l’émotion, de l’aventure, du rire…» Il a d’ailleurs vu ou revu des canons du genre comme La vie est belle (1946) de Capra, Le Miracle sur la 34e Rue (1947) de George Seaton ou encore Un fauteuil pour deux (1983) de John Landis.

Celui qui adore aller au cinéma a voulu que Noël & Cie génère ce genre de sentiment d’excitation qui fait passer le spectateur par toute la gamme des émotions. Il a donc imaginé ce récit où le père Noël fait face à une catastrophe : ses 92 000 lutins tombent malades à quelques jours de la grande fête. Santa doit donc aller sur Terre pour trouver de la vitamine C afin de les soigner…

Alain Chabat a imaginé un père Noël candide, totalement dépassé par ce qu’il voit, notamment par la société de consommation et la commercialisation à outrance de son image. Un peu à la façon des enfants qui «remettent en cause des choses qui paraissent totalement évidentes et qui demandent des explications très basiques. C’est très perturbant. On a un personnage qui n’a pas les codes. C’est une façon de dire des choses tout en restant dans la comédie.»

À commencer par la représentation du célèbre personnage, en rouge et blanc depuis que Coca Cola a popularisé cette version. Or, les recherches effectuées par le réalisateur d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre lui ont démontré que saint Nicolas était habillé de toutes les couleurs, notamment le vert. Qu’il a choisi pour le costume de son incarnation.

Pas question, toutefois, de laisser tomber barbe et cheveux blancs. «Pour moi, c’est le vrai père Noël qui débarque. J’avais le goût d’être le plus authentique : c’est difficile de faire mieux.» Il y avait aussi une question pratico-pratique : éviter la corvée de la pose des postiches. Quand on tient le premier rôle et qu’on réalise en plus, «c’est un temps précieux».

Le scénariste a aussi conservé le traîneau et les rennes, avec qui Santa converse. «À mon avis, ce sont même eux qui décident les trajets.» Ce qui est conséquent avec son personnage bonne pâte et pas très porté sur l’effort — ce sont les lutins qui font tout, après tout. Il lui a aussi imposé une mère Noël pas conventionnelle pour une cenne.

C’est d’ailleurs Wanda qui va pousser le père Noël à «se sortir les doigts de la hotte» et à agir. «Très vite», il a pensé à Audrey Tautou, sa partenaire de jeu dans le surréaliste L’écume des jours (2013) de Michel Gondry. «Elle a quelque chose de vraiment magique et de mystérieux. Et beaucoup d’énergie. J’étais ravi qu’elle accepte d’endosser ce très joli petit costume.»

Tout comme il était très heureux que sa fille Louise se glisse dans la peau d’une lutine. L’homme de 59 ans a pris l’habitude de faire jouer de tout petits rôles à ses trois enfants dans ses films. «Ce sont des souvenirs familiaux.» 

Cette fois, il a poussé la chose un peu plus loin. Mais la cadette est passée par les auditions. Et le réalisateur a bien aimé ce qu’il a vu. «Ce qu’elle m’a proposé m’a beaucoup plu. Elle était à la fois poétique et énergique. C’était très chouette. J’ai vraiment dirigé une comédienne, comme les autres comédiens. Avec un petit plus. Je n’avais qu’à faire un petit signe et elle savait ce que ça voulait dire. Évidemment puisque je la connais depuis qu’elle est née, figurez-vous», dit-il en riant.

De l’idée à la sortie, à peine deux ans se seront écoulés. Ce qui est très peu pour un film avec beaucoup d’effets spéciaux — très réussis. Pour une fois, le long métrage prend l’affiche simultanément en France et ici, ce mercredi. À deux jours du grand moment, Alain Chabat était un peu fébrile. Mais les visages souriants à la sortie des projections-tests le rassurent. Seul le temps dira s’il a réussi un classique, mais il a assurément un succès populaire entre les mains.