Todd (Jesse Williams) est un auteur de bédé qui s'inspire d'un tueur en série qui a fait six victimes, entre 1987 et 1991, avant de disparaître dans la nature.
Todd (Jesse Williams) est un auteur de bédé qui s'inspire d'un tueur en série qui a fait six victimes, entre 1987 et 1991, avant de disparaître dans la nature.

Actes de violence: Quand la réalité rejoint la fiction ***

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Il arrive parfois qu’un réalisateur se serve d’un film de genre pour proposer une réflexion. Plus rare encore, sans pour autant négliger l’aspect cinématographique et sans que ce soit prétentieux. C’est le cas d’Actes de violence (Random Acts of Violence), qui présente une intéressante perspective sur l’inspiration et la responsabilité des artistes.

Le débat fait rage depuis plusieurs années : jusqu’à quel point une œuvre «violente» peut-elle pousser un esprit dérangé à commettre l’irréparable par effet d’imitation ? Jay Baruchel n’a pas la prétention d’y répondre. Mais il creuse la question.

Son film, une adaptation de la bande dessinée de Justin Grey et Jimmy Palmiotti du même nom, suit les tribulations de Todd (Jesse Williams) et de sa garde reprochée. L’auteur de bédé souffre du syndrome de la page blanche pour la conclusion de ses volumes Slasherman. Celle-ci se base sur un tueur en série qui a fait six victimes, entre 1987 et 1991, avant de disparaître dans la nature.

Todd décide d’amorcer un road-trip pour retrouver l’inspiration en compagnie de sa conjointe Kathy (Jordana Brewster), de son assistante Aurora (Niamh Wilson) et de son meilleur ami et éditeur, Ezra (Baruchel).

Kathy l’accompagne surtout pour recueillir des témoignages des proches victimes du mystérieux meurtrier, qui laissait ses proies en de grotesques et sanguinolentes sculptures. Elle reproche à Todd de glorifier des actes de violence sans se soucier de ceux qui en souffrent — une source de tensions dans le couple, on s’en doute.

Les choses vont se corser au fur et à mesure de leur progression vers New York. Après avoir dépassé la ville natale de Todd, ce qui déclenche dans sa tête d’étranges retours en arrière, un tueur sème des cadavres dans des mises en scène qui ressemblent étrangement à celles des planches de Slasherman — une forme de fétichisme…

Todd décide d’amorcer un <em>road-trip</em> pour retrouver l’inspiration en compagnie de sa conjointe Kathy (Jordana Brewster), de son meilleur ami et éditeur, Ezra (Baruchel), et de son assistante Aurora (Niamh Wilson).

Baruchel respecte à la lettre les codes du slasher, avec un psychopathe qui élimine systématiquement les membres d’un groupe. L’intérêt réside surtout dans la façon dont il s’y prend, tant sur le plan de réalisation, créative dans l’utilisation des couleurs et des effets stroboscopiques, que de la réflexion qu’il tente de susciter sur ce qu’il nous montre.

Oui, certaines images sont violentes, gore même. Mais cette représentation de la violence cherche à interpeller le spectateur sur ce qu’il demande du genre et sur ce que les créateurs sont prêts à lui offrir (un jeu d’offre et de demande tordu quand on y pense). En corollaire, est-ce que l’art justifie tout ?

Todd va apprendre à ses dépens que puiser dans la réalité pour la transformer en fiction se fait parfois à ses risques et périls (une lapalissade qu’on peut applique aussi à un auteur qui s’inspire de ses proches pour écrire un roman, une pièce de théâtre ou un film…).

Le Canadien Jay Baruchel s’éloigne ici des deux Goon, que le Montréalais d’adoption a scénarisés. Mais il démontre qu’avec beaucoup de créativité, on peut revisiter un genre usé avec bonheur. Actes de violence devrait normalement plaire autant aux amateurs de slasher qu’aux cinéphiles aventureux.

Au générique

Cote : ***

Titre : Actes de violence

Genre : Drame d’horreur

Réalisateur : Jay Baruchel

Acteurs : Jesse Williams, Jordana Brewster, Niamh Wilson, Jay Baruchel

Durée : 1h20