Abus, de Stéphane E. Roy, montre un intense et subtil duel verbal sur la cruauté psychologique dans un couple qui se désagrège (Christian Bégin et Anne-Marie Cadieux, très solides et crédibles).

9 - Le film: d'un extrême à l'autre  ***

CRITIQUE / 9 - Le film, c'est un peu comme le buffet chinois: une certaine homogénéité, mais une grande variété. Certains ressortiront gavés, d'autres, comme moi, resteront sur leur faim. Car, forcément, la qualité proposée varie grandement entre les neuf services qui composent cette comédie satirique signée par autant de réalisateurs québécois.
Le film à sketches est une adaptation de la pièce 9 variations sur le vide de Stéphane E. Roy. L'acteur y joue le rôle «principal», qui sert à faire le lien entre chacun des segments, en plus d'être la vedette de la conclusion. Marc Gauthier est un prétendu gourou de la communication qui donne dans la psychopop, lors de conférences de motivation. À l'une d'elles, quelques protagonistes se remémorent un incident marquant survenu quelque temps auparavant.
Le tout est basé sur la thématique de l'incommunicabilité dans notre monde moderne. Une partition souvent interprétée en duo dans ses meilleurs moments. Comme dans Abus, signé par Roy lui-même, intense et subtil duel verbal sur la cruauté psychologique dans un couple qui se désagrège (Christian Bégin et Anne-Marie Cadieux, très solides et crédibles).
Ou encore comme dans Halte routière d'Érik Canuel, le moment le plus fort de 9. Le réalisateur de Bon cop, bad cop signe le segment le plus personnel, marqué par sa griffe à la réalisation autant que son climat étrange - la danse de la séduction des deux routiers (Nicolas Canuel et Maxime Gaudette) est une scène d'anthologie. Halte routière s'avère à la fois inquiétant et touchant, explorant autant la notion de liberté que celle de rêve brisé.
Moins bien réussi, mais tout aussi original, Hystérie de Jean-Philippe Duval propose un segment rétro en noir et blanc. Malheureusement, l'exercice s'empêtre dans les clichés grossiers de la relation dominant-dominé entre un réalisateur fat et son actrice imbue.
D'autres n'ont pas cherché bien loin : Ricardo Trogi fait du Trogi, Marc Labrèche fait du Labrèche. C'est bon, mais on aurait aimé qu'ils sortent de leur zone de confort.
Bon, on ne fera pas le tour de chacun, mais l'exercice est forcément inégal. L'avantage, qui est aussi un inconvénient dans les meilleurs cas, c'est que chaque moment est vite passé. On ne souffre pas trop longtemps dans les chapitres moins bien réussis.
9 - Le film ressemble beaucoup à un boy's club et, qu'on le veuille ou pas, est embléma-tique du manque de diversité de notre cinéma national : huit réalisateurs et une seule réalisatrice, Micheline Lanctôt... Pas besoin d'en écrire plus.
Comme souvent dans ce genre de film qui nous tend un miroir, dans lequel nous sommes censés nous reconnaître, l'exercice tourne un peu à vide. Surtout qu'ici, les réalisateurs manquent de temps pour développer. On ressent souvent un court malaise - c'est pas parce qu'on rit que c'est drôle -, mais rien de persistant.
L'exercice a ses mérites et fait passer un bon moment. Au spectateur de choisir, au fond : un plat facile à digérer, comme ici, ou une nourriture plus substantielle pour l'esprit. Tout dépend des goûts.
Au générique
Cote:  ***
Titre: 9 - Le film
Genre: comédie
Réalisateurs: Stéphane E. Roy, Luc Picard, Ricardo Trogi, Jean-Philippe Duval, Micheline Lanctôt, Érik Canuel, Claude Brie, Marc Labrèche et Éric Tessier
Acteurs: Stéphane E. Roy, Christian Bégin, Anne-Marie Cadieux, Alexis Martin, Sylvain Marcel, Anne-Élisabeth Bossé, Magalie Lépine-Blondeau et Maxim Gaudette
Classement: général
Durée: 1h38
On aime: l'éventail proposé, la griffe d'Érik Canuel
On n'aime pas: la dispersion, des segments beaucoup plus faibles, une superficialité inhérente à la forme