Le réalisateur Sam Mendes s’est réjoui du succès pour son film «1917», inspiré des histoires de son grand-père et qui a gagné sept Bafta.

«1917» triomphe aux Bafta britanniques

LONDRES — À une semaine des Oscars américains, le film d'action historique «1917» de Sam Mendes a triomphé dimanche soir à Londres au cours de la cérémonie des récompenses britanniques du cinéma, battant à plate couture «Joker», un énorme succès au box-office qui partait favori.

Déjà récompensé aux Golden Globes, le film de guerre a remporté sept Baftas et notamment ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Dans ces deux catégories reines, il s'est imposé face à The Irishman de Martin Scorsese, Joker de Todd Philipps, Il était une fois à Hollywood de Quentin Tarantino et Parasite de Bong Joon-Ho.

«Enthousiaste» devant le succès de son film très personnel inspiré des histoires de son grand-père, Sam Mendes a déclaré ressentir «évidemment un plaisir personnel» à ce qu’une «histoire proche de (sa) famille se soit développée et amplifiée» à ce point.

A contrario, c'est la déception pour Joker, donné grand favori avec 11 nominations mais qui se contente de trois prix, ou pour The Irishman, bredouille, produit par Netflix, alors que la plateforme avait démontré sa place incontournable l'an dernier en raflant les principaux prix pour Roma d'Alfonso Cuaron.

Joaquin Phoenix, impressionnant et inquiétant dans son incarnation du personnage éponyme, a tout de même été couronné du titre du meilleur acteur par la British Academy of Film and Television Arts (Bafta), face à Leonardo DiCaprio (Il était une fois à Hollywood), Adam Driver (L'histoire d'un mariage), Taron Egerton (Rocketman) et Jonathan Pryce (Les deux Papes).

Le lauréat Joaquin Phoenix a parlé de son statut de «privilégié» par rapport à ses collègues noirs durant son discours.

La vedette du film de Todd Phillips était arrivée en smoking et lunettes de soleil sur le tapis rouge du Royal Albert Hall, suivi d'Hugh Grant, d'Al Pacino, de Scarlett Johansson ou encore du prince William, le président d'honneur de l'institution. Préoccupation environnementale oblige, tous avaient été priés de recycler des tenues déjà portées.

Côté femmes, l'Américaine Renée Zellweger a remporté le Bafta de la meilleure actrice pour son interprétation de la légendaire comédienne Judy Garland, bouleversante en fin de carrière, dans le biopic Judy. Elle s'est en particulier imposée face à Jessie Buckley (Wild Rose), Scarlett Johansson (L'histoire d'un mariage), Saoirse Ronan (Les Quatre Filles du docteur March) et Charlize Theron (Scandale).

Parti avec dix nominations, l'ode à l'Hollywood des années 60 Il était une fois à Hollywood, le dernier film de Quentin Tarantino, ne remporte finalement qu'un seul prix, celui du meilleur second rôle masculin pour Brad Pitt. Le thriller politico-mafieux de Martin Scorsese The Irishman, produit par Netflix et lui aussi nommé dix fois, repart sans avoir rien obtenu.

Du côté des femmes, Renée Zellweger a remporté le prix de la meilleure actrice pour son interprétation de Judy Garland.

Le réalisateur sud-coréen Bong Joon-Ho tire quant à lui son épingle du jeu, remportant le Bafta du meilleur film en langue étrangère et du meilleur scénario pour Parasite, un drame familial, mâtiné de thriller avec aussi une dimension sociale, racontant comment une famille désœuvrée s'invite dans le quotidien d'une riche famille, dans un engrenage incontrôlable.

Absence «exaspérante» d'acteurs noirs

Les Baftas ont montré leur souci de la crise climatique en renonçant aux sacs de petits cadeaux peu respectueux de l'environnement et en dépliant un tapis rouge en matériaux recyclés.

Mais cette sélection, réalisée pour la plupart des catégories par les quelque 6500 membres des Bafta, notamment des professionnels de l'industrie cinématographique, a été vivement critiquée pour son manque de diversité.

Peu avant la cérémonie, la présidente des Bafta Pippa Harris a elle-même déploré l'absence de nominations de femmes dans la catégorie meilleur réalisateur, alors qu'elles «représentent l'avenir de l'industriex, jugeant par ailleurs «exaspérant» et «décevant» qu'aucun acteur noir n'ait été nommé au sein des principales catégories.

Elle a promis un «examen de grande envergure», qui se «penchera sur tout ce qui concerne le processus d'attribution des prix», jugeant toutefois qu'il s'agissait d'un «problème à l'échelle de toute l'industrie» du cinéma, dont les récompenses ne sont que le dernier échelon.

Le lauréat Joaquin Phoenix a aussi profité de son discours pour rappeler son statut de «privilégié» par rapport à ses collègues noirs : «Nous envoyons un message très clair aux personnes de couleur, à savoir que vous n’êtes pas les bienvenus ici», a-t-il dénoncé, appelant à «faire le travail difficile pour vraiment comprendre le racisme systémique».

Les critiques avaient commencé à fleurir début janvier sur les réseaux sociaux, en partie sous le hashtag #BaftaSoWhite («Bafta tellement blancs»). Elles ont ensuite trouvé un porte-parole d'importance en la personne du réalisateur Steve McQueen. «Les talents noirs sont beaucoup trop négligés», a tempêté le réalisateur oscarisé de Esclave pendant 12 ans dans le journal The Guardian.

La branche britannique de la fondation Time's up, un mouvement né dans le sillage de #MeToo, a «rappelé les performances de Lupita Nyong'o, Jennifer Lopez, Cynthia Erivo, Jodie Turner-Smith et Marianne Jean-Baptiste», dénonçant une «invisibilité d'autant plus choquante compte tenu du choix» et de la «puissance» des films avec des acteurs noirs ou asiatiques cette année.