Lorsque Queen KA distille sa poésie d’une voix forte, incisive et mielleuse, on glisse d’une métaphore à l’autre, on savoure ses mots avec elle.

«Chrysalides» de Queen KA: du prosaïque au mystique

CRITIQUE / Avec «Chrysalides», Queen KA livre une singulière performance poétique, enveloppée de musique électro-fusion exaltée. On en a saisi des bribes au vol, le cerveau trop fatigué peut-être, les oreilles saturées de sons vibrants, en suivant ses sauts de géants entre les univers.

Les talents de comédienne de Queen KA, le surnom que s’est donné Elkahna Talbi, la servent particulièrement bien dans cet exercice. Lorsqu’elle distille sa poésie d’une voix forte, incisive et mielleuse, on glisse d’une métaphore à l’autre, on savoure ses mots avec elle, on suit la trame de ses amours déçues, de ses départs et de ses arrivées. La performeuse multiplie les éternels retours en boucle et retours en arrière. Elle passe du plus prosaïque (annonces de TELUS, IKEA, cour d’école) au plus mystique. 

Après un segment presque blues, où Stéphane Leclerc fait sonner langoureusement sa guitare et que Queen KA montre qu’elle sait chanter avec un aplomb surprenant, le spectacle mis en scène par Yann Perreau change de teinte. On est transportés dans une contrée nébuleuse, où elle tente presque de nous effrayer, une lumière crue braquée sur le visage, un faisceau à la main, le cordon du micro autour du cou. On y perd le fil, les mots qui résonnent ne semblent plus tisser aucun sens, ils sortent de sa bouche et leur résonance se perd quelque part, au plafond de l’Impérial, avant que la scène explose en éclats psychédéliques.

Perplexe

La poétesse nous rattrape au vol, dans le dernier tiers du spectacle, qui nous ré-envoûte. Quel calme, quand les sons se taisent, que les cordes, sous l’archet de Blaise Borboën-Léonard, prennent le relais des basses fréquences, qui nous mordaient au ventre. L’expérience nous laisse perplexe, l’amalgame nous a ravi et désorienté à la fois.

Les spectateurs ne remplissaient pas le grand cabaret pour Chrysalides, mais une foule nombreuse a afflué pour assister à la Nuit de la poésie, qui suivait. Le Festival de Québec en toutes lettres a trouvé une salle à la mesure de cet évènement couru et de la soif des amoureux des mots.

Le festival Québec en toutes lettres se poursuit jusqu’à dimanche.