Une photographie de «Two Old Men Play Chess» de Chromogenic Curmudgeons

Chromogenic Curmudgeons et Laïla Mestari: tableaux en confettis chez VU

Les deux expositions présentées à Vu ces jours-ci montrent des objets en liesse, soigneusement disposés sous l’œil de la caméra. Alors que Evergon et Jean-Jacques Ringuette (le duo Chromogenic Curmudgeons) ont composé des natures mortes qui baignent dans les couleurs vibrantes, Laïla Mestari assemble parties du corps et objets dans des mosaïques qui semblent saupoudrés de confettis.

Les deux hommes travaillent sporadiquement ensemble depuis 25 ans. Pour leur exposition Two Old Friends Play Chess, ils ont rassemblé des objets de l’appartement de Evergon, une véritable caverne d’Alibaba remplie d’œuvres, de végétaux, d’animaux empaillés et d’objets banals. Lorsqu’ils ont épuisé son impressionnante collection, ils ont écumé les marchés aux puces, puis on fabriqué eux-mêmes de nouveaux objets à mettre en scène. Un drap sur la tête, ils ont immortalisé leurs assemblages de reliques, leurs vanités modernes, avec un appareil-photo ancien, sur film.

Une photographie de «Two Old Friends Play Chess»

Les teintes riches semblent fixées sur du velours, ce qui donne aux images une aura précieuse. «Pour nous, ce sont des tableaux, des peintures. Les peintres s’y retrouvent, alors que les photographes sont un peu déroutés», souligne Ringuette.

Pour créer les œuvres de main sur coude à, Laïla Mestari a isolé une partie du corps de ses modèles (coude, mamelon, jambe…) et a utilisé ce fragment pour improviser avec des matériaux de bricolage (craie, mousses, élastiques). Elle a découpé des bras — imprimés ! — pour les inclure dans une explosion de formes et de couleurs, a inséré des morceaux de papier entre les dents d’un modèle, noué des pelures d’orange dans une chevelure.

Une partie de l'installation photographique "main sur coude à" de Laïla Mestari

«Avec la photographie, j’aime réussir à faire des assemblages très tactiles sans avoir à les coller ou à les coudre. C’est un moyen de faire de la courtepointe», note la jeune femme, qui a installé des objets dans l’espace d’exposition, ce qui donne l’impression que ses photographies ont débordées, en 3D.

Les deux propositions, bien que pimpantes, explorent la notion de rituel, de mémoire, d’incarnation. Elles invitent à plonger dans de nouveaux mondes, aussi complexes qu’éclatés. 

Jusqu’au 9 juin au 550, côte d’Abraham, Québec.