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Christelle Bilodeau entre les portraits signés de Roger Waters et Paul McCartney.
Christelle Bilodeau entre les portraits signés de Roger Waters et Paul McCartney.

Christelle Bilodeau : Maîtriser l’art du portrait… et des réseaux sociaux

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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En 2011, Le Soleil rencontrait Christelle Bilodeau, jeune portraitiste de Saint-Agapit, alors qu’elle venait de conquérir le cœur de Paul McCartney, au Centre Bell, grâce à l’un de ses dessins. Neuf ans après «le plus beau jour de sa vie», la trentaine entamée et des dizaines de portraits derrière la cravate, l’artiste cumule près de 14 000 abonnés sur Instagram et exporte ses œuvres dans le monde entier.

Le 26 juillet 2011, Paul McCartney se produit au Centre Bell, à Montréal. Christelle Bilodeau, passionnée des Beatles, est dans la foule. Entre deux chansons, la jeune femme réussit à élever, au-dessus de la tête des spectateurs, un portrait du chanteur qu’elle a réalisé ainsi qu’une pancarte soigneusement préparée : «Paul, please sign my drawing! It’s my dream!» [Paul, signe mon dessin stp! C’est mon rêve!]. Contre toute attente, comme dans un rêve, Christelle est invitée sur scène où Paul autobiographie chaleureusement son œuvre.

«J’y pense encore tous les jours, même si ça fait neuf ans. C’est vraiment avec Les Beatles que tout a commencé. C’est le premier groupe que j’ai aimé passionnément, les premiers visages que j’ai dessinés. […] Ma rencontre avec Paul est arrivée à une époque où je ne savais plus trop à quoi ça menait, mes dessins. Je me demandais si j’étais en train de perdre mon temps. Finalement, quand il m’a dit qu’il trouvait mon dessin vraiment beau, ça m’a donné une poussée dans le dos. Je me suis dit si lui les aime, ça vaut la peine que je continue», raconte-t-elle, encore émue, en entrevue au Soleil.

Christelle Bilodeau sur scène avec Paul McCartney.

Par pure admiration envers le talent de l’artiste, plusieurs vedettes ont succombé au réalisme étonnant des œuvres de Christelle. Le membre fondateur de Pink Floyd Roger Waters, l’actrice américaine Susan Sarandon, le réalisateur Xavier Dolan ou l’actrice Anne Dorval ont, eux aussi, rencontré la jeune femme et accepté avec joie de signer leur portrait.

En attendant de, peut-être, un jour, croiser le chemin de Bob Dylan, l’artiste autodidacte se penche sur ses travaux et tente de venir à bout d’une liste de commandes qui ne cesse de s’allonger depuis quelques années. Si elle peut investir une quinzaine d’heures sur de petits portraits (4x6 po), Christelle explique que ses grandes œuvres (18x24 po) peuvent facilement nécessiter de 150 à 200 heures de travail.

Accompagnée de crayons graphites, ses fidèles acolytes, Christelle reproduit sur papier des visages qu’elle aime, le plus souvent dont elle admire la musique. Les sourcils, iris et grains de beauté de Lady Gaga, Amy Winehouse, Iggy Pop, John Lennon, David Bowie, Freddie Mercury et plusieurs autres ont déjà glissé sous la mine de son crayon.

Au travail, accompagnée de crayons graphites, ses fidèles acolytes.

Les couleurs? Des paysages? Animaux ou nature morte? Très peu pour elle. La portraitiste, qui œuvre depuis 17 ans dans cette branche de l’art visuel, s’épanouit dans les visages en noir et blanc.

«Chaque être humain est différent et c’est ce que j’aime le plus dans le dessin : capter le regard de la personne, son esprit. Je dessine souvent des musiciens, des acteurs ou des gens du milieu culturel. Pour moi, c’est comme un hommage que je leur rends. Faire des paysages ou dessiner des animaux, ça me touche moins. Moi, c’est vraiment l’être humain qui me fascine», raconte-t-elle, tout en spécifiant qu’une recherche (photos, vidéos YouTube et documentaires) lui est nécessaire avant de poser son premier coup de crayon sur la page vierge.

À vue d’œil, presque seul le grain de crayon permet de différencier ses dessins d’une photographie. Parce que son plaisir est dans les détails, entre les rides et l’imperfection cutanée, Christelle préfère les modèles sur lesquels le temps a fait son œuvre.

«Ce qui est difficile, c’est de faire une peau qui est complètement lisse. Ça laisse peu de place pour l’erreur. Tandis qu’une personne qui a des rides, des traits prononcés ou des taches de rousseur, ça me permet de masquer un peu les traits de crayon. S’il y en a un qui n’est pas vraiment à la bonne place, ça ne parait pas nécessairement», affirme-t-elle.

Les réseaux sociaux, indispensables

«Vers la fin de mon secondaire, je recevais déjà quelques petites commandes. Mais c’était surtout des gens que je connaissais. Un ou deux dessins par année. Quand je me suis inscrite sur Facebook, il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à en avoir plus. Mais, plus récemment, c’est vraiment Instagram qui a fait exploser mes commandes. Maintenant, j’ai une liste d’attente de plusieurs mois!»

Australie, États-Unis et quelques pays d’Europe, les commandes se sont mises à pleuvoir de partout. Au point où Christelle soutient que l’international est devenu son marché principal.

Il ne fait aucun doute, si elle peut envisager de réussir à vivre strictement de son talent d’ici quelques années, c’est parce qu’Instagram y est pour beaucoup, soutient-elle.

«Honnêtement, à l’époque dans laquelle on vit, je pense que les réseaux sociaux sont essentiels. Je ne sais pas comment fonctionnent les galeries d’art. Je n’y ai jamais été exposée, mais j’ai l’impression qu’Instagram peut devenir une sorte de galerie d’art géante virtuelle. […] Sans les réseaux sociaux, je crois que le bouche-à-oreille aurait été plus difficile. Avec Instagram, je réussis quand même à rejoindre des milliers de personnes chaque jour», affirme celle qui conjugue pour l’instant son métier d’artiste à un emploi dans le secteur de l’administration.

Bien qu’elle ait eu quelques commandites de vêtements ou de crayons dans le passé, la jeune femme souligne ne pas avoir comme but ultime l’univers des influenceurs. Pour elle, la plateforme est avant tout un outil de travail qui lui permet de se faire connaître et de partager sa passion avec le monde entier.