Chloé Robichaud, réalisatrice
Chloé Robichaud, réalisatrice

Chloé Robichaud, réalisatrice

Dès que le confinement a été annoncé, un de mes premiers réflexes aura été de faire une liste. Encore une liste ! Celle des choses qu’il me faudrait faire ; ce temps qu’on m’impose devait être utilisé de la bonne manière, pensais-je.

Et rapidement, je me suis épuisée, physiquement et psychologiquement, mettant en lumière ce réflexe constant de performance. Car oui, c’est comme s’il fallait performer dans notre confinement… Les choses deviennent parfois une série d’éléments à cocher sur la grande to-do-list de la vie. Je réalise que je ne sais plus m’arrêter. Moi qui me croyait de nature calme, je ne fais qu’entendre mon anxiété depuis quelques semaines. Je ne sais plus « être », simplement. Je suis une version automate de moi-même… Une automate certes chanceuse, car en santé, et bien entourée. Le confinement me force à trouver le simple humain en moi, qui existe au-delà du titre de réalisatrice ou de jeune trentenaire de la génération y avec des aspirations x. Et c’est tant mieux.

Est-ce que j’en ferai un film ? Oui, certainement, parce que tous les films en seront désormais teintés. Nous écrivons avec notre bagage, et ce que nous traversons ensemble teintera notre expérience humaine pour toujours. De mon côté, je ne sais pas encore ce qui en ressurgira. Je sens qu’il est trop tôt pour réellement comprendre toute la portée de ce qui est vécu. Tout ce que je peux dire, c’est que j’espère que cette souffrance mondiale ne serait pas en vain. Il faudra se souvenir. Et le cinéma sera là pour nous le rappeler.

J’ai grandi en croyant à un futur fructueux. Petite, jamais je n’aurais pu imaginer autre chose qu’une vie vécue sur une planète infaillible. Je trouve injuste que la jeunesse d’aujourd’hui soit celle qui devra réparer et payer pour les abus du passé, mais j’envie les enfants de ne pas connaître l’insouciance qui nous a collectivement forgé. Tout est précieux et mérite qu’on le traite ainsi. Et ça, les citoyens de demain ne sont clairement pas près de l’oublier…

J’aimerais dédier ce texte à mes grands-parents Raymond et Clorinthe, confinés dans leur résidence à Québec. Je pense à vous. Vous êtes aimés.