Le livre Le naufrage, 
de Charles-Frédérick Ouellet

Charles-Frédérick Ouellet: poésie des eaux sauvages

Charles-Frédérick Ouellet embarque sur les bateaux de pêche comme certains font du pouce. «Sur les bateaux, ils doivent toujours garder une place à bord pour les observateurs de Pêches et Océans Canada, qui se pointent sur le quai à la dernière minute», explique le photographe.

Charles-Frédérick Ouellet embarque sur les bateaux de pêche comme certains font du pouce. «Sur les bateaux, ils doivent toujours garder une place à bord pour les observateurs de Pêches et Océans Canada, qui se pointent sur le quai à la dernière minute», explique le photographe.

À force de montrer ses images, puis ses photoreportages (dont un publié dans le magazine français 6 mois, dédié au photojournalisme), il gagne la confiance des marins. Il est à l’aise sur un bateau — ça aide — et se met à documenter la vie à bord et la pêche, une activité qui remonte à loin et qui fait partie de l’identité québécoise.    

«À force de travailler en centre d’artistes, ma vision s’est modulée, j’ai eu envie d’aller vers un travail plus onirique, où la narration visuelle est autre», a constaté Charles-Frédérick Ouellet. «Je me suis dit qu’il fait que je sorte de l’action de la pêche pour voir ce que les pêcheurs voient.»

S’amorce alors une autre démarche, dont on peut voir le résultat dans le livre Le naufrage, publié le mois dernier aux éditions du Renard et qui inclut un poème, Dompter le naufrage, signé Fabien Cloutier.

À bord, la navigation implique de travailler 24 heures sur 24, ce qui engendre des nuits tronquées et une perte de repères. «La ligne d’horizon devient ton paysage. On guette les signes. Dans les yeux des navigateurs, les nuages, la mer, la température, tout devient actif», décrit l’artiste. Il y a vu une belle occasion de faire un clin d’œil aux premières abstractions en photographie, nées d’images de nuages, tout en réfléchissant à la manière dont on habite l’espace maritime, encore aujourd’hui. 

Les figures humaines y sont souvent évanescentes, cagoulées, spectrales. «Je me demandais qui hante qui, entre la nature et les hommes», note Ouellet.  

L’artiste travaille maintenant sur les coureurs des bois, une autre figure forte de l’héritage culturel québécois.