Le Périscope ne fait pas les choses à moitié en ouvrant sa saison avec «Chapitres de la chute — Saga des Lehman Brothers», une costaude, ambitieuse et solide proposition.

«Chapitres de la chute — Saga des Lehman Brothers»: costaud début de saison

L’automne théâtral est officiellement lancé dans la capitale avec la réouverture du Périscope, qui a enfin retrouvé sa maison après une année à présenter ses spectacles en itinérance. Et le théâtre de la rue Crémazie ne fait pas les choses à moitié en ouvrant sa saison avec «Chapitres de la chute — Saga des Lehman Brothers», une costaude, ambitieuse et solide proposition de plus de quatre heures.

La pièce a pris son envol mardi, 134 ans jour pour jour après l’arrivée en Amérique de Heyum Lehmann (semble-t-il rebaptisé Henry Lehman par le douanier), marquant le point de départ d’une épopée familiale qui allait marquer le visage du capitalisme jusqu’à nos jours. Dix ans après la faillite du géant de la finance Lehman Brothers et la crise mondiale qui a suivi, la pièce de Stefano Massini revisitée par le metteur en scène Olivier Lépine ne pouvait tomber plus à point. 

Arrivés aux États-Unis avec presque rien, les frères Lehmann — des entrepreneurs juifs allemands opportunistes —, puis leurs héritiers, ont fait croître de singulière manière l’entreprise familiale, d’une petite boutique de textile en Alabama à l’une des plus importantes banques d’investissement au monde. Entre les deux, ils auront vendu du coton, du café, du fer, du charbon, du pétrole, des armes, des cigarettes, des ordinateurs… «et bien des illusions», observe un personnage, quand la chute devient imminente. 

Que ceux qui pourraient être rebutés par l’aspect financier de l’exercice — nous parlons quand même de l’histoire d’une banque… — se rassurent. S’il est forcément beaucoup question d’argent dans cette imposante fresque, c’est surtout le parcours humain qui retient l’attention. Et il s’avère plutôt fascinant. 

Histoires de famille

Il y a ces trois frères à la fois complices, rivaux et parfaitement complémentaires, qui bâtiront un empire pierre par pierre avant d’être dépassés par le monstre financier qu’ils ont créé. Nous assistons à l’ascension, aux tribulations (guerres, krach boursier, etc.) et à l’inévitable faillite de la compagnie sous l’angle de l’histoire familiale, à travers les mariages, les naissances, les baptêmes, les divorces, les deuils.

Nous pouvons en convenir : quatre heures de théâtre, ça peut être beaucoup à encaisser (sans jeu de mots…) quand on a sa journée de travail dans le corps. Même avec deux entractes pour se délier les jambes. Et oui, il y aurait sans doute ici et là matière à resserrer un peu la proposition. Mais dans l’ensemble, le spectacle coule de dynamique façon. À cause du texte très rythmé de Massini, qui ne manque pas d’humour, et de la mise en scène finement chorégraphiée d’Olivier Lépine, plutôt sportive par moments… Et qui fait des miracles avec quelques tables, des panneaux et des accessoires de bureau. 

Soulignons ici la performance admirable de la distribution, formée de Mustapha Aramis, Vincent Champoux, Carolanne Foucher, Annabelle Pelletier Legros, Maxime Perron, Jean-René Moisan et Nicola-Frank Vachon. Arborant la même tenue de ville de 1884 à 2008, les sept interprètes naviguent dans un texte qui n’est pas évident, glissant sans cesse entre la narration et les dialogues, campant de convaincante manière plusieurs dizaines de personnages. Et si des spectateurs peuvent se dire que c’est long, quatre heures de théâtre, on ne peut que lever notre chapeau aux comédiens qui portent ce spectacle ambitieux sans jamais lui laisser perdre son souffle.  

Chapitres de la chute — Saga des Lehman Brothers est présentée au Périscope jusqu’au 29 septembre.