«Des Natalia, des femmes qui ont traversé le pire en temps de guerre, il y en a à la tonne», affirme Chantal Garand.

Chantal Garand: un premier roman basé sur des faits réels

SHERBROOKE — Chantal Garand signe avec «Natalia Z.» un premier roman inspiré de faits réels. L’auteure, native de Victoriaville mais établie en Norvège depuis une quinzaine d’années, y aborde la délicate question des origines et du passé qu’on enterre ou qu’on déterre, c’est selon.

«Cette histoire-là a commencé avec la rencontre d’un homme d’une soixantaine d’années qui venait de mettre la main sur son dossier d’adoption. Il n’avait jamais fait de recherches auparavant et ce qu’il avait trouvé était assez mince, mais très surprenant», explique l’écrivaine.

Alors qu’il avait toujours pensé que sa mère biologique était Norvégienne, il apprenait qu’elle était Polonaise et qu’elle vivait maintenant au Québec.

«Avant d’entrer en contact avec elle, on lui a suggéré de faire appel à un intermédiaire. Il savait, en raison d’amis communs, que je venais du Québec. Il m’a demandé si je pouvais tenter une première approche. J’ai dit oui, bien entendu. Je suis allée frapper à la porte de sa mère. Notre première rencontre a duré trois heures! On a parlé beaucoup. Elle était sous le choc.»

La dame âgée est devenue au fil du temps une amie précieuse. Mais une amie qui préservait farouchement sa part de mystère.

«Elle avait traversé la Deuxième Guerre mondiale. Tout ce qui s’était passé pendant ces années-là était frappé d’un tabou. Elle m’a raconté des bribes de sa vie, mais il manquait plusieurs morceaux.»

Poussée par l’envie de recoller les chapitres et de raconter l’histoire incomplète de son amie aujourd’hui décédée, Chantal Garand a fait des recherches et amorcé son récit. «C’était une femme fascinante, j’avais un lien très fort avec elle, mais c’était terriblement frustrant de sentir qu’elle cachait de grands pans de son existence. J’avais envie de la connaître, je sentais qu’elle avait une histoire palpitante. Écrire ce livre est devenu une sorte d’urgence.»

Son amie était née en Pologne, mais en 1939, la ville où elle se trouvait avait été envahie par les Russes. L’occupation soviétique s’est poursuivie jusqu’en 1941, moment où les Allemands ont pris le contrôle du territoire. «Elle a alors été faite prisonnière et amenée en Norvège pour faire des travaux à la solde des Allemands. Je trouvais ça intéressant à raconter dans mon roman parce que, lorsqu’il est question de la Seconde Guerre, on entend beaucoup parler de ce qui s’est passé en France et en Angleterre, mais il est très peu question de la Norvège.

«Je me suis beaucoup inspirée des faits, de ce que mon amie m’a raconté. Il y a une part de vrai mon histoire, mais j’ai évidemment romancé tout ça. Il reste que c’est un sujet universel. Des Natalia, des femmes qui ont traversé le pire en temps de guerre, il y en a à la tonne. En Europe, en Irak, en Somalie, un peu partout.»

La Natalia Z. qu’elle fait vivre au fil des pages de son roman habite désormais Chambly et est fortement ébranlée par le retour dans sa vie de son fils, Tollef, né à Oslo 60 ans plus tôt. Les retrouvailles s’effectuent à distance et ne sont pas simples. De courriel en courriel, l’homme ravive les cendres d’un passé qu’elle a tout fait pour étouffer. «Au départ, peut-être qu’on la trouve mesquine de ne pas vouloir répondre aux interrogations de son fils. [...] Mais plus on avance dans le roman, plus on comprend Natalia, plus on saisit ses motivations. Elle a survécu grâce au mensonge, elle est incapable de briser le socle sur lequel elle a bâti sa vie.»

Entre la mère et son fils retrouvé, il y a le personnage de Jeanne, médiatrice et alter ego de l’auteure, en quelque sorte, qui voit en Natalia une certaine figure maternelle. «Quand on écrit, on ne pense pas puiser aussi loin que ça en soi. Il y a quelques résonances avec ma vie, mais il y a aussi des trucs inventés», résume celle qui a remporté, en 2015, le Prix du récit Radio-Canada pour son texte Un hibou, un Égyptien et l’étrangère.

Au quotidien, quand elle ne manie pas la plume, Chantal Garand est travailleuse sociale. «Depuis 2004, j’œuvre auprès des réfugiés. Ça me confronte à des destins tragiques et particuliers, mais ce sont des rencontres très enrichissantes.»

Chantal Garand sera présente à une rencontre/causerie à la Librairie Laliberté de Québec le mardi 6 novembre, de 17h à 19h.

CHANTAL GARAND. Natalia Z., Annika Parance éditeur, 324 p.