Mario (Bouli Lanners) vit dans le déni de sa séparation récente.

C'est ça l'amour: Papa poule *** 1/2

CRITIQUE / On ne compte plus le nombre de longs métrages qui rendent hommage aux mères courages — j’ai rien contre. Mais, curieusement, ça prenait une réalisatrice pour offrir l’un des plus beaux et brillants films sur les délicates relations père-fille. «C’est ça l’amour» dépeint avec sensibilité, et sans aucune mièvrerie, le désarroi d’un homme qui assume la garde à temps plein après une rupture.

Mario (Bouli Lanners), fonctionnaire municipal sans véritable envergure, vient tout juste de se joindre à une troupe de théâtre dont les acteurs amateurs livrent des récits autobiographiques. Replié sur lui-même, il est peu enclin à révéler son jardin intime. Sauf que le spectateur comprend assez rapidement la raison de sa présence : Armelle (Cécile Remy-Boutang), son ex-femme qui vient de le quitter, travaille sur la représentation…

Le cinquantenaire, insistant et pathétique, vit dans le déni. Mais la réalité finit par le rattraper en la personne de Frida (Justine Lacroix) et Niki (Sarah Henochsberg). La première, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère alors que la deuxième, 17 ans, veut s’émanciper.

Désemparé, Mario se demande s’il a les compétences pour être un bon père. Il cherche à s’immiscer dans la vie de ses filles, qui le repoussent un peu plus. Surtout Frida, en pleine crise d’adolescence et d’identité sexuelle, alors que le papa poule aspire seulement, de façon maladroite, à les protéger.

Comment établir une nouvelle dynamique familiale dans les circonstances?

Bouli Lanners (De rouille et d’os, Réparer les vivants), acteur extrêmement doué s’il en est un, se glisse avec une crédibilité sans faille dans la peau de ce gros nounours au cœur tendre et brisé. Sans jamais chercher à faire de l’ombre à Justine Lacroix et Sarah Henochsberg, deux non professionnelles dont le naturel crève l’écran.

Le naturel de Justine Lacroix et Sarah Henochsberg crève l'écran.

Claire Bulger n’avait pas manqué son entrée en 2014. Party Girl, son premier long, réalisé avec Marie Amachoukeli Samuel Theis, a remporté à Cannes le Prix d’ensemble de la section Un certain regard ainsi que la Caméra d’Or, qui est remise au meilleur premier film du festival, toutes sections confondues!

Bien que Party Girl ait été tourné à trois, la réalisatrice française poursuit dans la même veine de cinéma naturaliste, laissant ses personnages évoluer au gré des scènes plutôt que de leur imposer un carcan. Elle mise sur une caméra de proximité, mais non intrusive, qui explore avec beaucoup de doigté les questions de filiation, d’amour et d’éducation.

Or, elle échappe à la facilité en décrivant avec beaucoup de nuances les émotions complexes qui agitent ses protagonistes, surtout Mario et Frida. Un peu moins pour Armelle, qui n’a pas le beau rôle.

On peut reprocher à C’est ça l’amour quelques maladresses scénaristiques (bien intentionnées). Reste que sa réussite est une preuve de plus de l’importance de permettre à plus de réalisatrices d’apporter leur point de vue — même sur les difficultés contemporaines de la masculinité !

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : C’est ça l’amour

Genre : Drame

Réalisatrice : Claire Bulger

Acteurs : Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg

Classement : Général

Durée : 1h38

On aime : l’approche naturaliste. Les nuances et la sensibilité dans les thèmes abordés. L’épaisseur des personnages.

On n’aime pas : —