L’auteure et interprète Marie-Pier Lagacé, ci-dessus en compagnie du comédien David Grenier dans une scène de «Celle qu’on pointe du doigt», signe un texte aussi «punché» que sensible, qu’elle porte avec un aplomb impressionnant.

«Celle qu’on pointe du doigt»: les nuances d’une tragédie

CRITIQUE / Marie-Pier Lagacé n’a pas choisi le sujet le plus simple en plaçant l’infanticide au cœur de sa première pièce de théâtre, «Celle qu’on pointe du doigt», qui a pris l’affiche à Premier Acte. Partant du point de vue que tout le monde cache en soi une zone d’ombre qui peut, si les conditions sont réunies, nous pousser à commettre l’irréparable, l’auteure et comédienne ne rate pas la cible avec ce texte sensible, percutant et tout en nuances.

Celle qu’on pointe du doigt, c’est l’histoire d’une fille ordinaire qui, de fil en aiguille, en viendra à commettre le crime odieux du meurtre de son enfant. Pas de mèche vendue ici, c’est la prémisse de la pièce, qui débute alors que la jeune mère est déjà incarcérée. Par une série de flashbacks, nous en viendrons à comprendre — ou du moins à essayer de comprendre — ce qui l’a menée là : des troubles anxieux, une relation quasi inexistante avec sa propre mère, une piètre estime d’elle-même, une dépendance affective, une rupture amoureuse, une grossesse imprévue, de l’épuisement, etc. Pas d’excuse, pas de justification, pas de jugement ni de réelle prise de position. Juste l’exposition d’un contexte. À chacun, ensuite, de se faire sa propre idée. 

Dans une facture cinématographique, la pièce se déroule dans une série de courtes séquences qui s’enchaînent, qui s’enchevêtrent, qui font constamment des bonds dans le temps. La mise en scène dynamique de Simon Lemoine met en exergue ce ballet spatio-temporel, qui utilise parfois des ambiances oniriques pour nous amener dans la tête de la protagoniste. 

L’espace de jeu est divisé en plusieurs sections évoquant ici la cellule d’une prison, là le bureau d’un psy. Au centre, une zone plus impressionniste qui se transforme à l’aide de quelques accessoires. Y trônent deux amoncellements de toutous servant parfois l’action, comme dans ce segment où le chum convertit des animaux en peluche en convives du party de fête de sa blonde, qui n’a visiblement pas d’amis proches. Ils prennent une symbolique beaucoup plus porteuse lorsque des lampions leur sont ajoutés, à l’image de ces mémoriaux improvisés sur les lieux d’une tragédie où un enfant a perdu la vie. 

Personnages crédibles

Pilier de ce projet théâtral, Marie-Pier Lagacé signe un texte aussi punché que sensible, qu’elle porte avec un aplomb impressionnant. Elle nous fait sourire dans ses élans cinglants et nous bouleverse dans la vulnérabilité et la grande douleur vécue par la jeune mère qu’elle incarne elle-même sur scène.

La jeune auteure a surtout su broder des personnages crédibles, très nuancés, à part peut-être la Roommate campée de manière plus caricaturale par Anne-Marie Côté et qui sert de soupape humoristique au cœur du drame. 

On n’entre pas dans un sujet comme l’infanticide avec de gros sabots. Lagacé et ses complices l’ont bien compris et ils ont fait preuve de beaucoup de doigté dans l’exercice, qui s’avère fort réussi.

La pièce Celle qu’on pointe du doigt est présentée à Premier Acte jusqu’au 20 octobre.