Le passage des taupes de Philippe Quesne sur l’avenue Cartier fait partie des belles surprises du Carrefour.

Carrefour international de théâtre: avoir les moyens de ses ambitions

Si le Carrefour international de théâtre vient tout juste de se terminer, ses directrices Dominique Violette et Marie Gignac ont déjà les deux mains dans le prochain. Alors que le festival en sera à sa 20e présentation en 2019 et que son activité phare, le spectacle déambulatoire «Où tu vas quand tu dors en marchant…?» aura 10 ans, les patronnes voient grand. Reste à savoir si elles auront les moyens de leurs ambitions.

Le 19e Carrefour s’est terminé vendredi dernier, après 18 jours de théâtre en salles — un taux d’occupation de 79 % a été atteint — et dans les rues. Toujours populaire, le parcours Où tu vas…? a une nouvelle fois fait courir les foules sur la colline Parlementaire, tandis que la Parade des taupes du Français Philippe Quesne a causé la surprise sur l’avenue Cartier. 

La directrice générale, Dominique Violette, et la directrice artistique, Marie Gignac, sont déjà au travail pour préparer le 20e Carrefour. Mais côté budget, elles sont toujours dans le flou. 

Une première incertitude accompagne Où tu vas…?, dont le financement n’a pas été confirmé par la Ville. Rappelons qu’en 2014, l’administration Labeaume avait octroyé une enveloppe de 3,6 millions $ au Carrefour pour la présentation jusqu’en 2018 du parcours théâtral, renouvelé aux deux ans. 

«On a déposé un projet en février, on a proposé de reprendre pour quatre autres années, note Mme Violette. La balle est dans le camp de la Ville. Moi, je reste disponible pour retravailler au besoin. C’est sûr qu’eux, ils ont tout un processus décisionnel. Il faut que ça suive son cours. Ça reste un projet et un contrat important. Mais c’est certain qu’on espère avoir une réponse assez bientôt, parce qu’il faut se mettre au travail.»

Mine de rien, le temps presse pour l’équipe de création, qui espère pouvoir déterminer les lieux qui seront investis avant qu’ils ne soient recouverts de neige. Et si Marie Gignac et le coordonnateur d’Où tu vas…?, Alexandre Fecteau, ont déjà commencé à cogiter, la subvention de la Ville est impérative pour envisager le retour du parcours. 

«Pour nous, c’est une commande, avance Dominique Violette. Si la Ville n’en veut pas, on ne le fait plus. On ne peut pas financer un projet d’une telle envergure en prenant un petit bout ici et un petit  bout là comme on fait pour le festival…» 

Grandes formes

Un autre point d’interrogation accompagne le budget du Carrefour lui-même. «Notre financement stagne depuis plusieurs années», rappelle Marie Gignac, qui a déjà monté la programmation internationale du 20e Carrefour. «On a de beaux projets. On espère qu’on va être capable de les réaliser», ajoute-t-elle. 

L’an dernier, le festival a puisé dans ses réserves, notamment pour présenter dans la grande salle Louis-Fréchette l’ambitieuse pièce Des arbres à abattre du metteur en scène polonais Krystian Lupa. «Ça faisait quelques années qu’on était toujours en train de rapetisser, observe Dominique Violette. Ça ne nuit pas nécessairement à la qualité, mais il reste que le public d’un festival aime ça voir de grandes œuvres.» 

Selon la directrice générale, cette préoccupation fait partie de la mission d’un événement comme le Carrefour. «Ça reste très fondamental, tranche-t-elle. On peut avoir une belle grande diversité de formes, mais il reste que présenter des spectacles d’envergure, c’est le grand défi. Au Festival Transamériques [de Montréal], ils ont dit s’inquiéter de leur capacité à intégrer de grandes formes dans leur programmation. Pour nous, c’est pareil.»

+

LA DÉCEPTION: L'ANNULATION DE «COLD BLOOD»

Le spectacle «Cold Blood» du collectif belge Kiss and Cry a été annulé lorsque la direction du Grand Théâtre a choisi de fermer l’établissement à cause des manifestations attendues en marge du Sommet du G7.

Après une première couronnée de succès, le spectacle Cold Blood du collectif belge Kiss and Cry a été annulé lorsque la direction du Grand Théâtre a choisi de fermer l’établissement à cause des manifestations attendues en marge du Sommet du G7. «On l’a su à la dernière minute. Ça n’avait jamais été évoqué par le Grand Théâtre», note Marie Gignac. «Le lendemain de la première, on sentait vraiment un enthousiasme, ajoute Dominique Violette. Le téléphone sonnait, la critique était extraordinaire. Le public était en feu et les artistes étaient vraiment contents. Ils ont été terriblement déçus [de l’annulation].»

+

LES SURPRISES: TAUPES, ANNIVERSAIRE ET CIE

La réaction du public au spectacle participatif «Halfbreadtechnique» du Suisse Martin Schick a été très positive.

Parmi les belles surprises du dernier Carrefour, on peut noter l’accueil réservé aux taupes de Philippe Quesne lors de leur parade sur l’avenue Cartier. «C’était formidable! Ils étaient contents. Ils sont tellement dedans! J’ai trouvé ça magnifique de voir la réaction des enfants», lance Dominique Violette, qui a aussi particulièrement apprécié la lecture en plein air de la pièce Québec, printemps 1918, inspirée des émeutes de la conscription. «Il y avait là un anniversaire qui était important», estime-t-elle.

Si elle avait déjà vu tous les spectacles, Marie Gignac a été étonnée de la réaction au spectacle participatif Halfbreadtechnique du Suisse Martin Schick. «Moi, j’ai vu ça dans une salle de 40 places qui n’était même pas pleine, décrit-elle. De voir un public de 300 personnes adhérer à cette proposition-là, ç’a été une sorte de surprise.»

+

L’EXPRIENCE: «OÙ TU VAS…?» EN PLEIN JOUR

Généralement présenté entre 21h et 23h, le parcours théâtral Où tu vas quand tu dors en marchant…? a tenté l’expérience d’une matinée le 3 juin. Résultat : un public familial ou plus âgé s’est déplacé pour découvrir le spectacle déambulatoire. Et des habitués ont pu le voir sous un autre angle. «La peur qu’on avait, c’était : “est-ce que la magie va quand même être au rendez-vous?”» confie Marie Gignac. C’est sûr que c’est différent, mais c’était bien beau aussi. Et ç’a l’avantage de faire voir des détails qu’on ne voit pas le soir…»