Carotté passe le répertoire traditionnel dans sa machine punk-rock.

Carotté: les punks dans nos campagnes

Au début de 2015, le groupe Carotté annonçait ses couleurs avec l’album «Punklore et trashdition». Au menu: un joyeux mélange de musique traditionnelle et de punk-rock. Une étiquette bien définie et une bonne centaine de spectacles plus tard, le sextuor reprend du service avec une deuxième offrande, à la fois plus libre sur la forme et plus que jamais enracinée dans l’agriculture et la ruralité.

Encore une fois, le titre choisi par la formation en dit long: Dansons donc un quadrille avant de passer au cash. «Là, on dit au monde de venir s’amuser avant de crever», plaide Médé Langlois, qui mène la double vie de punk-rockeur et d’agriculteur: sa famille cultive la terre à Neuville depuis 11 générations et sous la bannière Langlois et fils, elle vend ses produits à la ferme et gère un économusée. «Le monde ne s’amuse plus, reprend-il. On le voit dans nos villages. Ils respirent moins qu’ils respiraient. Les gens ne sortent plus, les jeunes sont moins dehors à faire des mauvais coups. Nous, on dit: “sortez et faites des mauvais coups!” Ils sont tous derrière leurs écrans... Il faut s’amuser, dans la vie!»

Avoir du plaisir, c’est l’essence même de Carotté, dont les membres — issus à parts égales du milieu du trad et du punk-rock — font tous autre chose pour gagner leur vie. Mais le fun n’occulte pas le message, ici. Lancé le 17 octobre, l’extrait Chant de pot, par exemple, se voulait un rigolo clin d’œil à la légalisation du cannabis. Mais pas que ça.

«Ça devrait être les agriculteurs et les maraîchers qui devraient produire ce pot-là. On est tous en train de crever et ils donnent cet argent-là à des grosses compagnies. Ils vont être deux ou trois ou quatre à faire de l’argent, alors que nous, les agriculteurs, on est prêt à faire ça. Les gars de serres sont prêts à faire ça. Pourquoi ne pas diviser cet argent-là en plus de monde?» lance Langlois, qui n’a pas la langue dans sa poche quand vient le temps de défendre son métier et ses confrères.

Plus libre sur la forme

Pour bâtir son répertoire, Carotté respecte la méthode traditionnelle, avant de passer ses trouvailles dans sa machine punk-rock. «On va écouter des archives, on va écouter des musiciens de Portneuf, le plus proche possible de chez nous», résume le violoniste Étienne Bourré-Denis, qui a fait ses classes trad au sein de la formation Les quêteux. Pour ce deuxième album, le groupe s’est toutefois offert une plus grande liberté dans le traitement de sa matière première, davantage métissée d’éléments de son cru.

«Souvent, les puristes ne retouchent pas les textes, ajoute Bourré-Denis. Ils ne se donnent pas le droit de le faire. Nous, on ne s’en donnait pas le droit avant. Là, on a ouvert. Et c’est là que j’ai commencé à avoir du fun. On les aime, nos sources. On en a besoin, c’est la base et c’est pour ça qu’ils sont dans tous nos remerciements. Mais dans chaque chanson, ça varie. Des fois, c’est un refrain qui est gardé et les couplets sont changés. Des fois, on garde presque le texte intégral avec de petites insertions. Ou on peut changer juste la mélodie et le texte est 100% original. Toutes les variantes sont possibles.»

L’idée, ici, c’est d’offrir un portrait le plus près possible de leur réalité. Comme dans la pièce Tapageurs, un texte original du chanteur Éric Roberge qui décrit la vie de tournée de Carotté, alors que le groupe, qui lorgne aussi la France, se rendra sous peu aux quatre coins du Québec pour sa désormais traditionnelle virée du temps des Fêtes. Ou la colorée L’agro-punk, portrait truculent de Médé Langlois sur l’air de Ah oui! On en a des légumes de La Bolduc.

«Méchant bon vivant presque toujours souriant / Si tu l’obstines trop su’l prix / Tu le mettras en maudit / Y t’pitch le casseau dans l’clos en fredonnant ces beaux mots : “j’aime autant qu’ils engraissent la terre que de me laisser dire quoi faire”», peut-on entendre dans la chanson.

Et oui, c’est un fait vécu!

DU MÉTAL EN RENFORT

Assumant leur dualité musicale, les membres de Carotté ont songé un moment à solliciter des collaborateurs du côté de la musique traditionnelle au moment d’immortaliser Dansons donc un quadrille avant de passer au cash. C’est finalement le côté plus pesant de leur ADN qui a pesé dans la balance au chapitre des artistes invités, alors que Keith Kouna (Les goules), Denis «Snake» Bélanger (Voivod) et Marc Vaillancourt (B.A.R.F.) prêtent tour à tour leur voix à l’album. «C’est drôle de voir des gars de métal venir chanter des chansons à répondre», s’amuse Médé Langlois, précisant que les trois collaborateurs avaient accepté de bon cœur de se prêter au jeu… Un contre-emploi particulièrement frappant du côté de Snake, qui s’exécute en français sur Ma vache...  

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Carotté

• Quand: 1er décembre à 21h (ouverture des portes à 20h)

• Où: L’Anti

• Billets: 18,48$

• Info.: lepointdevente.com ou à la boutique EXO

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• Quand: 22 décembre à 21h30 (ouverture des portes à 19h30)

• Où: La Taverne de Saint-Casimir

• Billets: 21$

• Infos: lepointdevente.com

Toutes les dates de la tournée au www.carotte.biz