Ketevan Kemoklidze (Carmen), Armando Pina (Escamillo) et Thiago Arancam (Don José)

«Carmen» à l'Opéra de Québec: les feux de l’amour

Québec et Séville semblent encore plus éloignés qu’à l’habitude en ce printemps timide. Les trois interprètes principaux de Carmen n’ont visiblement pas envie de prendre froid et c’est bien emmitouflés que la mezzo géorgienne Ketevan Kemoklidze, le ténor italo-brésilien Thiago Arancam et le baryton mexicain Armando Piña se font croquer le portrait.

De retour dans la salle de répétition, plus douillette pour les cordes vocales de notre trio, nous remontons un peu dans le temps. Ketevan et Thiago, qui joueront Carmen et Don José, se connaissent depuis une quinzaine d’années et ont étudié ensemble à l’Académie de La Scala de Milan. Ils ont tous deux remporté les honneurs du concours Opéralia de Placigo Domingo en 2008, qui se déroulait à Québec. La mezzo-soprano est de retour dans nos remparts pour la première fois depuis, alors qu’on a pu voir le ténor dans Tosca, en 2015. Ils côtoient Armando Piña pour la première fois et pourtant les trois interprètes semblent déjà bien s’entendre. Pendant que nous attendions Carmen, les deux chanteurs, qui jouent des rivaux dans l’opéra, discutaient et chantaient avec passion autour du piano.

Carmen fait partie de ces opéras qui traversent les époques, grâce à la musique de Bizet, à cette histoire d’amour-passion et aux personnages iconiques, plus grands que nature, qu’il met en scène. Le défi pour les interprètes est de retrouver, derrière les airs chantés mille fois, les intentions et la profondeur de leurs personnages.

Les clichés sur Carmen
«C’est difficile de parler de Carmen, parce qu’il y a beaucoup de clichés qui lui sont associés. Le défi est de ne pas la réduire à cette image de femme belle séductrice», expose Ketevan Kemoklidze. Charismatique, impulsive, brillante, Carmen possède, selon elle, moins de force de caractère que Micaëla, la promise de Don José (qui sera jouée par la soprano Myriam Leblanc), qui se bat pour son amour et pour ses idéaux.

«Je ne sais pas d’où vient cette idée que Carmen se bat pour être libre ou pour la liberté des femmes. Elle est l’esclave du destin, elle doute toujours d’elle-même et ne sait jamais vraiment ce qu’elle fait. Ce qui est intéressant chez elle, c’est que chaque fois qu’on la voit sur scène, elle est différente. Son caractère est changeant, complexe», explique la mezzo.

Séduit par cette flamme vive, le bon brigadier Don José verra son amour vrai se transformer en véritable tourment. «Il en deviendra complètement fou, souligne Thiago Arancam. C’est un personnage double, qui peut passer d’un extrême à l’autre en un instant. Ses colères sont terribles. Je préfère jouer ce genre de personnage, avec une énergie très animale, que les amoureux transis.»

«L’amour est un oiseau rebelle», chante la bohémienne, qui se désintéressera de son brigadier et lui préférera un glorieux toréador, Escamillo, joué par Armando Piña. «Dans chaque culture, on peut trouver un équivalent au toréador espagnol. C’est une forme de héros, à qui tout le monde veut ressembler, mais peu ont la force ou l’inconscience d’aller se lancer devant une bête furieuse et de risquer leur vie», explique le ténor. «Pour l’époque, c’est une star hollywoodienne!» illustre Ketevan Kemoklidze.

La musique de Bizet apporte au récit amoureux une dimension mystérieuse, obsédante, voire magique, selon les interprètes. «Chaque mélodie, chaque note brille», souligne le baryton.

Lorsqu’on leur demande ce qui caractérise la production de l’Opéra de Québec, mise en scène par Jacqueline Langlais et sous la direction musicale de Giuseppe Grazioli, les interprètes parlent de travail en profondeur, d’un souci marqué de revenir à la partition, au texte, à l’histoire qui est racontée.

«Jacqueline ne nous a pas demandé de jouer de manière très volontaire, comme on le voit souvent dans les productions de Carmen. Plusieurs actions qu’on refait toujours de la même manière ont été repensées et sont jouées différemment. On construit l’histoire, brique par brique», explique Ketevan Kemoklidze.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Carmen

Qui: L’Opéra de Québec

Quand: 12 mai à 19h et 15, 17 et 19 mai à 20h

Où: Grand Théâtre de Québec

Billets: 53 $ à 150 $

Info: 1 877 643-8131 et operadequebec.com