Caravane

Caravane: la volonté de se renouveler

Quand ils sont allés jouer en Asie, les membres de Caravane ont rapporté plus que des souvenirs dans leurs valises. Ils ont aussi ramené quelques préoccupations. Après un album ancré dans leur vie nocturne, ils ont eu envie d’élargir leurs horizons chansonniers avec «Supernova», davantage teinté par un constat sur l’état du monde.

«Le premier voyage date de bientôt deux ans. Je pense que sans qu’on s’y attende, ç’a ouvert le chemin», confirme en entrevue le chanteur et guitariste Dominic Pelletier. Avec son confrère bassiste Raphaël Potvin, il cosigne les chansons de Caravane. Et il reconnaît avoir abordé l’écriture différemment pour ce troisième album, qui fait suite à Chien noir (2014) et Fuego (2016). 

«Ça devient dur de parler de sa petite vie à soi avec tout ce qui se passe dans le monde. Du moment que tu as de la sensibilité un peu, tu ne peux pas ignorer ça.»

«Ça», c’est notamment l’environnement qu’on détériore et la surconsommation. «Dans nos voyages en Asie, ç’a été fou de voir le paradoxe entre la spiritualité qui est encore vraiment présente et, en même temps, les répercussions de tout ce que nous on consomme en tant qu’occidentaux. C’est là-bas que ça se passe. Moi, je vais là-bas et je ne feele pas bien de voir toute la surconsommation. De voir le nombre de gens. Ici, on les voit, les répercussions. Mais jamais autant que là-bas», explique celui qui a entre autres été marqué par la pollution qu’il a observée.

Ces thèmes se retrouvent donc sur le conceptuel Supernova, tout comme celui de la technologie, de la dualité et un certain hommage à la féminité, avec des titres comme Ma blonde va changer le monde ou J’aurais voulu être une fille. Des inspirations qui ne sont pas étrangères au mouvement #MoiAussi, concède Dominic Pelletier. «Je suis féministe, je m’assume. Ma blonde l’est aussi et on travaille fort pour se débarrasser des stéréotypes», clame-t-il. 

Quant à la pièce Sandra, elle est dédiée sa cousine atteinte de trisomie 21. «Elle a toujours été une grande fan de musique. Je suis sûr qu’elle va être vraiment contente d’avoir l’album avec sa toune.»

Donner de l’air...

Le point de vue des paroliers n’est pas la seule chose qui a changé chez Caravane dans la création de Supernova. Cet album est le premier enregistré avec le guitariste Guillaume Méthot, qui s’est joint au groupe (complété par le batteur William Duguay-Drouin) juste après l’enregistrement du précédent disque. 

«C’est sûr qu’on en a profité. Il y a des choses que je voulais plus exploiter dans Caravane», avance Pelletier, qui se décrit comme un autodidacte. «Et oui, ç’a changé beaucoup, ajoute-t-il. Moi, je suis le compositeur principal du band. C’était de faire entrer quelqu’un qui a étudié en jazz, qui a des notions que je n’ai pas nécessairement en musique. Comme c’est moi qui compose, je n’ai pas le choix de travailler avec ça.»

Supernova donne lieu à des guitares bien dégourdies, donc. Mais avec la complicité du réalisateur et multi-instrumentiste Jesse Mac Cormack, Caravane a aussi donné de l’air à ses structures rock et à ses ambiances de chansons. «On est souvent associé à un band de rock. Mais moi, chez nous, j’écoute des affaires très planantes, indie ou folk. Pour une fois, on se fait plaisir. Ce qui joue dans la van ou chez nous, vous allez l’entendre un peu plus que dans les albums précédents», décrit Dominic Pelletier. Selon le chanteur, qui a fait ses premières armes au micro du groupe punk-rock The Hunters, le rock a plus que jamais le devoir de se renouveler. 

«Surtout en 2018, alors que c’est le hip-hop qui est à la mode, avance-t-il. C’est le temps de revoir l’image qu’on se fait du rock. Tant mieux si les bands poussent le rock à un autre niveau. C’est ben bon Led Zep et AC/DC, mais on peut-tu en revenir? C’est une vision du rock qui me plaît beaucoup plus qu’un Greta Van Fleet qui copie Led Zeppelin...»

Caravane a pris goût avec sa tournée Fuego — qui l’a mené jusqu’en France, où le groupe s’est produit l’été dernier en première partie des vétérans Deep Purple — à un côté théâtral dans la mise en scène de ses spectacles. Celui tiré de Supernova devrait suivre la même tendance, laisse entendre Dominic Pelletier. Le groupe travaille avec Alexandre Martel (Anatole), qui n’a pas non plus l’habitude de faire les choses à moitié sur les planches. 

«Avec Fuego, on avait trouvé une manière d’inclure le public dans le spectacle et c’était vraiment cool. Parce qu’on a fait ça, on ne peut pas réduire les affaires. On travaille avec un éclairagiste qui prépare des éclairages assez malades», indique Dominic Pelletier. À voir sur la scène de l’Impérial le 22 décembre.