Avec «Ça», son troisième spectacle solo, André Sauvé nous entraîne dans les méandres de ses élucubrations existentielles, un périple aussi délirant qu’épuisant.

«Ça»: André Sauvé au cœur du typhon

CRITIQUE / Devant la théorie de l’évolution et l’expérience pratique du quotidien, André Sauvé endosse à la fois les rôles d’observateur, d’analyste, de commentateur et de cobaye. Avec «Ça», son troisième spectacle solo, l’humoriste nous entraîne dans les méandres de ses élucubrations existentielles, un périple aussi délirant qu’épuisant.

«Il paraît que la couche autour de la Terre où il peut y avoir de la vie est mince comme un papier de soie autour d’une orange», commence l’humoriste, juché sur une colline, baignant dans une lumière bleutée, comme s’il émergeait de son propre bout de planète. 

Lorsqu’il compare l’immensité de l’univers au mystère des «mouches à bananes» ou qu’il raconte les déboires d’un orignal qui veut se reproduire, il joue au ping pong entre les idées et les images. Le jeu est léger, voire clownesque. Graduellement, toutefois, il plonge de plus en plus profondément dans la mécanique de ses manières de parler, de penser, de trouver son «moi» et son monologue devient de plus en plus anxiogène.

C’est une direction, disons, audacieuse, pour un spectacle d’humour, de nous amener dans une zone où on ne rit plus et où le typhon existentiel est si déchaîné que notre cerveau proteste. Heureusement, il y a une touche poétique, une dernière phrase, qui laisse entrer un souffle salvateur.

La vie sur Terre

Mais bon, avant d’arriver là, André Sauvé a du bon matériel. En cinq segments, séparés par de courts moments musicaux à mi-chemin entre les bruits de garage et la fanfare, il fait son exposé sur la vie sur Terre. Préférant la métaphore au punch, il parle du cosmique, du végétal, de l’animal, en insérant sans cesse des blagues qui nous ramènent à la vie dans ce qu’elle a de plus prosaïque.

Puis arrive l’homme, dont il décortique les démarches possibles. À partir d’un genou qui ne plie pas ou d’un balancement de bassin, il construit une personnalité entière sous nos yeux. C’est fort... mais un peu long. Comme lorsqu’il s’égare pour nous illustrer comment gratter une roulette de tape pour trouver le bout peut (comme tout le reste, visiblement) être une analogie de l’existence.

«Moi après une conversation, il faut que je me couche les pattes en l’air avec une bouillotte», lance-t-il pour conclure le segment où il explique comment son cerveau envisage quatre trajets différents pendant une discussion banale. 

«Oui oui, ça fait une phrase ça là. C’est une phrase Ikea, vous avez tous les morceaux, il faut juste les assembler comme il faut», dira-t-il aussi plus tard. Si ses onomatopées répétées et certaines formules bien placées (on retiendra «je m’auto-meus») suscitent le rire, ses phrases contorsionnées finissent par étourdir. Si bien qu’il nous perd, à un moment donné, même si on était tout disposé à le suivre.

André Sauvé présente de nouveau Ça jeudi, vendredi et samedi à la salle Albert-Rousseau.