Du haut de ses 72 ans, Bruce Cockburn a toujours le feu, comme il l'a prouvé mercredi soir à l'Impérial.

Bruce Cockburn: des retrouvailles complices

CRITIQUE / Bruce Cockburn s'arrêtait à Québec, mercredi, après une longue absence. Entouré de trois musiciens, le vétéran folk-rockeur s'est appliqué à démontrer pourquoi il sera intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en fin de semaine.
Les années ont fait tourner au blanc la chevelure de Bruce Cockburn, à l'instar du papier sur lequel il couche sa poésie. Et son baluchon, qui contient maintenant une trentaine d'albums, a fini par voûter son dos. Mais du haut de ses 72 ans, l'artiste originaire d'Ottawa a toujours le feu sacré. S'agissait de le voir échanger un oeil complice avec ses fans lorsqu'il s'est lancé dans Tokyo, en début de concert, ou de le voir glisser ses doigts sur les diverses guitares qu'il avait trimballées avec lui - électrique, acoustique, steel ou autre - pour s'en convaincre.
Certes, le répertoire du Canadien, qui réside désormais à San Francisco, est bien garni, mais il n'abrite pas moins de récentes compositions. Et visiblement, Cockburn ne voulait pas se complaire dans le passé. Il a puisé dans Bone On Bone pour en tirer plus d'une demi-douzaine de chansons, la majorité faisant mouche et ayant droit à un bel accueil, qu'il s'agisse de la pièce-titre, instrumentale ou de la bluesy Cafe Society.
Bien rodé
L'ensemble de Cockburn était bien rodé. On a apprécié autant le jeu de batterie et des percussions de Gary Craig, que l'apport de John Aaron Cockburn à la guitare et à l'accordéon. Le leader s'est efforcé de s'exprimer en français, sortant d'ailleurs la chanson Mon Chemin, qu'il a écrite dans la langue de Molière - mais qui n'est pas, il faut bien le dire, sa meilleure... Il a également dépoussiéré des pièces comme Free To Be, qui demeure tristement d'actualité en dénonçant les néonazis...
C'est bien sûr lorsqu'il a entonné ses classiques, comme If I Had A Rocket Launcher, Wondering Where The Lions Are ou encore Stolen Land, où il n'a pas manqué de laisser parler sa guitare, que Cockburn a le plus fait mouche.
Son spectacle était toutefois curieusement structuré. L'artiste a en effet inséré du nouveau matériel jusqu'à la toute fin et a sorti quelques-uns de ses plus gros canons en cours de route, au risque qu'il y ait des baisses de régime - et il y en a eu. Néanmoins, son public fidèle ne s'en est pas formalisé, le faisant revenir deux fois sur scène, pour un total de quatre chansons en rappel, dont The Coldest Night of The Year et Look How Far.
Des retrouvailles appréciées, qui ont dessiné des sourires autant chez les musiciens que dans la foule.
Terra Lightfoot
La chanteuse ontarienne Terra Lightfoot - aucun lien avec l'autre Lightfoot bien connu, Gordon - s'est chargée de lancer la soirée. Si elle a sorti sa guitare acoustique et qu'un complice s'est pointé brièvement aux claviers et pour activer une boîte à rythmes, c'est véritablement lorsqu'elle s'est accompagnée de sa six cordes électrique qu'elle était dans son élément. Elle mettait alors de l'avant sa voix puissante, aux contours soul. Elle a confié qu'habituellement, une formation rock l'entourait et, à vrai dire, on l'avait deviné : bien des chansons ont paru vides, en dépit de son assurance à la voix.