Luc Guérin, Martin Drainville et Benoît Brière croient que la reprise de Broue attirera en salle une nouvelle génération de spectateurs.

Broue - Les nouveaux hommes des tavernes

Faites-vous partie des oiseaux rares qui se mordent les doigts d’avoir raté «Broue»? Vous n’avez jamais réussi à trouver une gardienne en 40 ans pour voir la pièce? Vous êtes jaloux de votre voisin qui l’a vue 52 fois? Bénissez le ciel, vous avez une bonne étoile. Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin ont décidé de reprendre le flambeau de cette pièce culte. À eux maintenant de le porter bien haut...

On n’abandonne pas une recette gagnante, dit-on. C’est ce que s’est dit le trio lorsqu’il a eu vent que les trois M — Michel Côté, Marc Messier et Marcel Gauthier — quittaient leur taverne, après avoir sifflé une bière et une autre pendant 3322 représentations. Le livre des records Guinness est là pour témoigner de leur exploit.

Brière, Drainville et Guérin, associés au sein de la compagnie théâtrale Ménage à trois, surveillaient du coin de l’œil depuis un moment le soir où le rideau tomberait sur la pièce écrite en 1979 par Claude Meunier, Jean-Pierre Plante, Francine Ruel et Louis Saïa.

«À l’époque, ils [Côté, Messier et Gauthier] avaient décidé de continuer encore un peu, mais quand ils ont officialisé la chose, au printemps 2017, on a réitéré notre intérêt, explique Martin Drainville. Beaucoup de monde voulait reprendre la pièce. Notre modèle [d’affaires], avec trois comédiens comme eux, leur a plu.»

«Il n’y a pas un acteur qui fait de la comédie au Québec qui ne rêve pas d’avoir son Broue et sa galerie de personnages», ajoute Benoît Brière. «Il y a un rapport entre le public et cette pièce que je trouve extraordinaire. Ça reste une pièce d’acteurs, renchérit Luc Guérin.

C’est «avec beaucoup de respect et d’humilité» que le trio s’est mis au travail. Il n’était nullement question de «dénaturer» la pièce. «On a changé des petites choses pour que le spectateur soit juste un petit peu dépaysé pour avoir un p’tit kick, souligne Drainville. On l’a apprêtée à notre sauce.»

le Jeu des comparaisons

Broue
ayant été créée à une époque où les hommes voyaient la gent féminine envahir leur dernier bastion, la taverne, la reprise ne pouvait faire fi du contexte de l’époque. Aussi a-t-on inséré quelques jingles de bière des années 70, qui jouaient sur les cordes sensibles du peuple québécois, à l’aube du premier référendum. Souvenez-vous : On est six millions, faut s’parler ou Quand on est Québécois, on est fier de son choix.

Les trois amis ont pris tout l’été, au Théâtre du Vieux-Terrebonne, pour mettre la pièce à leur main, sachant pertinemment qu’ils auraient à affronter l’inévitable et cruel jeu des comparaisons. Il faut s’y attendre quand on revisite une pièce vue par plus de trois millions de spectateurs. Chacun à leur façon, les personnages de Pointu, Verru, Hervé, Bonin, Bob et Rob appartiennent au folklore québécois.

«On s’est tapé un trac du tabarouette, lance Luc Guérin. Mais plus ça va et plus on prend un plaisir énorme à la jouer. On se le dit tous les soirs.»

Dans l’analyse

L’échelle de stress a monté de quelques degrés, le 9 juillet, lorsque les trois M sont venus assister à la première médiatique. Leurs successeurs avaient eu une vingtaine de représentations pour peaufiner les 18 personnages de la pièce. Toute la salle observait du coin de l’œil la réaction des Côté, Messier et Gauthier.

«Ils ont ri, mais ce n’était pas évident pour eux, mentionne Benoît Brière. Michel Côté nous a dit qu’il avait eu l’impression d’être un chirurgien qui assistait à une opération pratiquée par un collègue. Ah! tiens, il passe par l’aorte, lui… On n’était pas dans le jugement, mais dans l’analyse. Et ça nous a énervés tout le long d’être dans l’analyse...»

Est-ce que nos nouveaux hommes des tavernes sont prêts à durer aussi longtemps que les originaux? Après 55 représentations, sont-ils prêts à rempiler pour 3267 autres? «Tant qu’il y aura de la demande, on va y répondre, assure Martin Drainville. On a une souplesse dans l’horaire.»

Sans trop de publicité, cette nouvelle mouture affiche déjà 260 représentations, un peu partout au Québec, jusqu’à la fin de 2021. Pour un diffuseur de spectacles, explique le trio, Broue demeure «une valeur sûre» dans le calendrier, un spectacle capable de remplir une salle une fois et une autre.

«Ah oui, si vous pouviez demander au public de ne pas dire les répliques avant nous, ça nous aiderait, conclut Benoît Brière. On nous vole des punchs...»

Luc Guérin, Martin Drainville et Benoît Brière, les trois joyeux lurons qui ont pris le mandat de poursuivre l'aventure de la mythique pièce Broue.

Broue est présentée à la salle Albert-Rousseau du 18 au 21 septembre, et les 23 et 24 avril 2021.

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POUR Y ALLER (GATINEAU)

Quand ? 16 au 19 octobre, à 20h (supplémentaire le 19 à 15h)

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca; ovation.qc.ca