À 35 ans, Fallon se voit continuer sa carrière, mais il préférerait consacrer plus d'énergie à l'écriture pour d'autres interprètes

Brian Fallon: jouer dans la cour des grands

En tamisant la grille du Festival d'été de Québec, on déniche souvent des pépites passées inaperçues en survol rapide. Comme Brian Fallon. Le chanteur des Gaslight Anthem vient présenter son tour de chant, du rock col-bleu trempé dans le folk qu'il entonne de sa voix rauque et intense, mais nuancée. Un gars sympathique à l'esprit ouvert qui a deux rêves dans la vie : gagner un Grammy et placer une de ses chansons dans un film de Wes Anderson.
L'Américain a toujours chanté dans un groupe, parfois même en parallèle des Gaslight, on s'étonne qu'il ait enregistré en solo. La réponse est brutale et honnête : «Je n'avais plus vraiment de travail, rigole-t-il. Je voulais essayer la veine auteur-compositeur-interprète et voir ce qui allait se passer. Mais, en réalité, je n'avais rien devant moi et il fallait que je fasse quelque chose.»
Après quatre albums très bien reçus, mélange improbable, mais efficace des Clash et de Pearl Jam, la gang du New Jersey a annoncé une pause indéfinie l'été dernier. À quand la reformation? «Je n'en sais pas plus que toi...» Hum.
Même si le guitariste Alex Rosamilia l'accompagne en tournée, on comprend que Fallon n'interprète pas des morceaux des Gaslight. «Ce serait bizarre. Certains le font, mais ça me fait flipper. Ce ne sont pas leurs chansons.» Comme il aime bien les reprises, on peut s'attendre à des surprises.
Comme Teenage Dream. Du Katy Perry? Vraiment? «C'est une version un peu mesquine. Les gens aiment beaucoup. Parce qu'ils ne s'y attendent pas. Mais ça démontre aussi qu'il n'y a pas une grande différence. Une chanson cool est une chanson cool. J'aime bien abattre les murs. Et puis, c'est drôle de voir l'expression des spectateurs quand on la joue.»
Pourquoi pas! Après tout, Ryan Adams a bien refait 1989 au complet. «J'ai écouté la version de Taylor Swift, mais celle de Ryan était meilleure.» Vrai que leurs univers musicaux se côtoient. Fallon partirait volontiers en tournée avec le doué Adams, Greg Dulli, qu'il admire («un génie»), Wilco, My Morning Jacket... «Dis-leur de m'appeler. Je ne coûte vraiment pas cher (rires).»
Fallon n'a jamais caché qu'il est l'émule de Bruce Springsteen et que Painkillers, qui a obtenu de très bonnes critiques, en porte plus la marque qu'avec Gaslight, tout en étant très personnel. «C'est une autre perspective.» Reste que l'étendue de ses influences est ample, de Tom Petty à Tom Waits. D'ailleurs, le registre stylistique de ce premier essai solo est varié, démontrant autant son talent d'interprète que celui d'auteur-compositeur.
À 35 ans, Fallon se voit continuer indéfiniment sa carrière, mais il préférerait consacrer plus d'énergie à l'écriture pour d'autres interprètes. «J'aimerais vraiment beaucoup. Je n'entretiens plus le rêve de la célébrité comme dans ma jeunesse.»
Écrire pour le cinéma, en particulier Wes Anderson (Le grand hôtel Budapest), qu'il admire? «J'écrirais pour tous ses films. Gratuitement. Je l'adore. J'ai deux buts dans la vie. L'un est un peu ridicule, mais j'aimerais bien gagner un Grammy. L'autre, j'aimerais qu'une de mes chansons se retrouve dans un Wes Anderson. D'autant qu'il utilise parfois des chansons singulières [dans le contexte]. Comme Over and Done With des Proclaimers dans Darjeeling Limited (2007).»
En attendant, Brian Fallon est sur la route, où il écrit pour son prochain disque - à Cincinnati au moment de l'entrevue. «C'est très Américain. Il n'y a pas beaucoup de francophones ici», s'esclaffe celui qui adore séjourner en France.
C'est l'avantage du métier : voyager. Plusieurs de ses compatriotes «ne réalisent pas toute la diversité qu'il y a à l'extérieur [des États-Unis]. Quand tu vis entouré de monde qui te ressemble, ça ne t'ouvre pas l'esprit du tout. Tu ne peux pas savoir à quoi ressemble la Chine si tu n'y es jamais allé. La première fois que je suis allé au Japon, ça m'a renversé : on aurait dit une autre planète! C'est cool. Tu peux constater toutes ces différences culturelles. C'est génial.»
Même au Canada, souligne Fallon. «Tu vas à Toronto et à Québec, c'est complètement différent.» Ce qu'il apprécie ici? Le fait que nous ayons un pied en Amérique du Nord et l'autre en Europe. «C'est ce que je n'arrête pas de dire aux gens quand je parle de chez vous.»
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Vous voulez y aller?
Qui : Brian Fallon
Quand : Dimanche, 21h
Où : L'Impérial
Accès : Laissez-passer