Boucar Diouf a séduit le public qui remplissait le Grand Théâtre, jeudi soir, pour la première dans la capitale de son spectacle «Magtogoek» ou le chemin qui marche.

Boucar Diouf: la croisière s’amuse

CRITIQUE / À croire que l’eau du Saint-Laurent coule dans les veines de Boucar Diouf. L’humoriste scientifique à la sagesse proverbiale a séduit le public qui remplissait le Grand Théâtre, jeudi soir, pour la première dans la capitale de son spectacle Magtogoek ou le chemin qui marche, invitation à le suivre dans ses pérégrinations sur les rives du fleuve.

Diouf et le Saint-Laurent, c’est une histoire d’amour qui a commencé lors de son arrivée au Québec il y a maintenant 26 ans. De la pointe de la Gaspésie jusqu’à Montréal, en passant par Rimouski, Tadoussac, Trois-Rivières et Québec, c’est avec un regard bon enfant, au gré de jeux de mots rappelant parfois le regretté Sol, et des moments de touchante poésie, qu’il a mis les voiles pour une croisière où tout le monde s’est amusé ferme pendant près de deux heures. À chaque escale, son bruit de sirène de paquebot.

Boucar n’est pas né au Québec, mais il donne l’impression de connaître et d’aimer sa terre d’adoption davantage que le Québécois de souche. Il faut l’entendre monologuer sur le langage québécois, prétexte à des tournures de phrases irrésistibles. Sa façon de dire le mot bungalow est tordante. Comme l’a été aussi sa stupéfaction d’apprendre un jour qu’une amie avait été prise dans une Opération Minoune…

Le froid de l’hiver québécois, éternel sujet de conversation pour les indigènes que nous sommes, lui a aussi fait comprendre que personne ne s’attarde dehors lorsque vient le temps des impôts et qu’on se les gèle. Ça se résume pas mal à «As-tu toutes tes T4?» (prononcez rapidement).

Éveilleur de consciences, Boucar Diouf met également en garde contre les dangers du réchauffement climatique. «Qui préférez-vous croire, demande-t-il, tous ces scientifiques qui lèvent un drapeau rouge ou un président américain avec un toupet orange?»

L’humoriste pousse la chansonnette à l’occasion. Ici, un vieil air venu de son Sénégal natal; là une chanson à répondre québécoise, un tantinet grivoise, qui déclenche l’hilarité.

Plutôt que de construire des murs, Boucar Diouf est fier de contribuer à ériger des ponts au-dessus des «rivières de peur et des mers de préjugés». En cela, son spectacle est non seulement un hommage à un fleuve majestueux, dont il fait découvrir les beautés pour mieux les protéger, mais aussi à un peuple et une culture dont il ne cesse de découvrir les charmes après toutes ces années.

En rappel, c’est avec une grande sincérité et une émotion non feinte qu’il est revenu remercier son public. Le respect fait homme.

Boucar Diouf est à nouveau en spectacle au Grand Théâtre vendredi soir.