Éminemment sympathique et indéniablement humaine, l’équipe a trouvé un terrain de jeu de choix sur la scène du Diamant.

«Blizzard» de Flip Fabrique: plaisirs d’hiver

CRITIQUE / Les interminables heures à pelleter, les trottoirs glacés, le manque de lumière, le froid glacial, les rafales qui fouettent, la gadoue, les bottes humides, les vitres d’auto à gratter à -20oC… Dans un coin de pays où râler contre la froide saison relève presque du sport national, il faut parfois être fait fort pour trouver de la poésie dans l’hiver québécois. Avec son spectacle «Blizzard» et la facture énergique qu’on lui connaît, la troupe de cirque Flip Fabrique a relevé le défi en alliant prouesse acrobatique, tableaux impressionnistes, pointes humoristiques et plaisirs gamins.

Alors que l’automne vient tout juste de se pointer le bout du nez, une joyeuse tempête de neige fait rage depuis mardi au Diamant. Mis en scène par Olivier Normand — dont on peut actuellement aussi voir le travail au Trident dans Le cercle de craie caucasien —, la nouvelle création de Flip Fabrique a déjà été présentée à Amsterdam et Édimbourg avant de s’offrir une première nord-américaine dans la ville qui a vu naître la troupe. Éminemment sympathique et indéniablement humaine — dans ses exploits comme dans de rares petits accrocs —, l’équipe a trouvé un terrain de jeu de choix sur la scène du Diamant, lieu à l’acoustique impeccable qui permet à la fois de créer une bulle intime sans empêcher les acrobates de prendre de l’altitude. Les artistes mettent souvent à profit un immense prisme sur lequel ils prennent appui (la floconneuse finale vaut le détour), utilisent comme surface de rebond (dans un percussif numéro de balles) ou comme outil d’évocation poétique.  

Ainsi, entre de vertigineux exercices de cadre coréen, de sangles aériennes ou de main-à-main, des segments plus clownesques ou son numéro signature de trampo-mur — complexifié pour l’occasion en réduisant les surfaces où nos sauteurs peuvent atterrir —, Flip Fabrique ratisse large dans ses variations sur le thème de l’hiver. 

Énergie juvénile

Si le propos comprend beaucoup d’autodérision — et pourra certes paraître exotique pour les spectateurs étrangers —, il y a quelque chose de profondément identitaire dans le spectacle, qui mise souvent sur un point de vue juvénile (peut-être parce que bien des adultes ont oublié le plaisir de jouer dans la neige...). On pense à ce patineur qui a pris le soin de revêtir son chandail de Peter Stastny. Ou à ce personnage qui se fait emmitoufler «en oignon» par ses complices et qui, plus tard, ira chercher sa tuque envolée jusque dans le public. 

Il fallait bien des créateurs québécois pour avoir l’idée de jongler avec des boules de neige à l’aide de pelles. Et que dire de cette grande fête gymnastique que s’offre le groupe après avoir entendu à la radio que l’école est fermée pour cause de tempête? Voilà qui vient faire remonter un souvenir euphorique fort largement partagé… Et mettre en exergue l’immense concentration du musicien Ben Nesrallah, qui s’exécute au ukulélé pendant que les athlètes virevoltent autour de lui. 

Toujours présente dans les spectacles de Flip Fabrique, la musique devient d’ailleurs ici un personnage à part entière. Côtoyant les artistes de cirque sur scène (quand il n’est pas littéralement déplacé par eux), Nesrallah se trouve intégré à l’action, lui qui chante et qui interprète le plus souvent sur un piano modifié une trame sonore où l’organique et le synthétique se succèdent ou s’entremêlent. La cohabitation s’avère des plus efficaces. 

De quoi nous donner hâte à la première neige… Bon, quand même pas, mais presque!

Blizzard est présenté au Diamant jusqu’à samedi. Le spectacle prendra ensuite la route pour une tournée qui l’amènera sur plusieurs scènes du Québec, du Canada anglais et des États-Unis.