Geneviève Thibault propose un parcours photographique au cœur du quotidien des Ursulines de Québec avant leur départ, en octobre 2018, de leur monastère datant de 1642.
Geneviève Thibault propose un parcours photographique au cœur du quotidien des Ursulines de Québec avant leur départ, en octobre 2018, de leur monastère datant de 1642.

Blanc.: un parcours au cœur du quotidien des Ursulines de Québec au Musée régional de Rimouski

RIMOUSKI — L’exposition Blanc., présentée au Musée régional de Rimouski jusqu’au 27 septembre, est la dernière étape d’un projet amorcé au printemps 2017 par la photographe Geneviève Thibault. L’artiste matanaise propose un parcours photographique au cœur du quotidien des Ursulines de Québec avant, pendant et après leur départ, en octobre 2018, de leur monastère datant de 1642.

Intéressée par l’annonce de la relocalisation des Ursulines, Geneviève Thibault a surfé sur la toile afin de trouver des images de la vie de ces religieuses, mais en vain. «Je n’ai pas trouvé d’images prises à l’intérieur après les années 1960. Je n’ai pas trouvé de documentaires non plus. Il n’y a pas eu beaucoup de photographes qui sont entrés dans ce lieu-là. Je ressentais l’urgence de documenter le lieu et ce mode de vie-là avant qu’il disparaisse, avant le déménagement.»

Travail de longue haleine

Dans les mois qui ont suivi, l’artiste a eu plusieurs échanges avec le Pôle culturel du Monastère des Ursulines, qui est l’organisme mis sur pied pour assurer la conservation du patrimoine après le déménagement. Elle s’est inscrite à un cours sur l’histoire du catholicisme québécois à l’Université Laval. Elle a lu plusieurs livres sur l’histoire des Ursulines de Québec, sur leur mission éducative et sur leur fondatrice, Marie de l’Incarnation. «Ça a duré presque deux ans, mentionne Geneviève Thibault. Du moment où on a commencé à parler du projet, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain! Il y a eu plusieurs déplacements à Québec, plusieurs rencontres avec l’équipe du Pôle culturel du Monastère des Ursulines […]. Après ça, il y a eu des rencontres avec les religieuses et leurs représentantes qui, après, devaient soumettre l’idée. Il fallait que tout le monde soit d’accord. C’est tout de même un milieu de vie et elles me laissaient entrer!»

Lors de sa dizaine de séjours, les sœurs lui ont donné un rare accès à leur espace de vie. «Plus la relation s’est établie avec les religieuses, plus je recevais des appels le soir et plus le téléphone sonnait pour me dire qu’elles étaient en train d’écouter telle émission ou de faire telle chose, raconte l’artiste encore émerveillée. Je me faisais inviter.»

L’œil discret de la photographe a donc pu capter l’indicible à travers leurs dîners au réfectoire, leurs échanges, leurs occupations, leurs habitudes et leur personnalité. «Je me suis vraiment attardée à la vie quotidienne d’aujourd’hui, à la culture matérielle, à leur manière d’habiter, au déménagement, aux lieux qui se transforment.» Par ses photos d’où émane une sobriété empreinte de chaleur, la photographe réussit à dégager l’âme des lieux. «Le monastère a été construit au fil des époques et ça se sent dans les corridors. Chacun a son architecture qui lui est propre, sa sonorité, ses matériaux. C’est comme un voyage dans le temps. Quand on marche dans le monastère, on sent qu’il y a eu plusieurs époques et influences architecturales.»

Mais avant tout, l’artiste est parvenue à illustrer l’hospitalité, la générosité et l’indulgence de ces femmes, dont la moyenne d’âge est de 88 ans. La photographe a beaucoup aimé le contact avec les religieuses qui l’ont accueillie dans leur chambre. «Chacune avait une chambre décorée à son image, avec les objets qui racontent sa vie, quelques objets ou beaucoup, dépendamment des religieuses. Chaque objet a son histoire. À travers les objets, elles me racontaient leur parcours, leur famille, leurs origines.»

L’exposition <em>Blanc.</em> de la photographe Geneviève Thibault est présentée au Musée régional de Rimouski jusqu’au 27 septembre.

L’exposition

La disposition des œuvres de l’exposition suggère une chronologie et une saisonnalité. Au début, les photos témoignent de la vie quotidienne. C’est l’été. Puis, petit à petit, le vide s’installe. Le dernier mur traduit fort bien le thème: tout est blanc et c’est l’hiver. La dernière image de la religieuse photographiée à l’extérieur sous un temps glacial parle d’elle-même: son regard est tourné vers la sortie ou... vers l’avenir. À chacun sa façon de voir.

Au centre de l’installation, des vitrines exposent des lettres écrites à la main par des Ursulines après leur départ. «Je leur ai demandé d’écrire une lettre adressée à leur monastère, précise Geneviève Thibault. Dans ces lettres-là, elles racontent des souvenirs plus personnels […].»

Pourquoi Blanc.?

Plusieurs raisons expliquent le choix du titre de l’exposition: Blanc. «L’endroit qui devient de plus en plus blanc, je l’ai vu, indique la photographe. C’est ça qui est ressorti de mon expérience. Au fur et à mesure que les objets se retrouvaient dans les boîtes, au fur et à mesure de l’élagage où les religieuses ont retiré les petits cadres, retiré la personnalité du lieu et que tout ça se retrouvait dans les boîtes, ça ne laissait que de petits trous de clous dans les murs. Les lieux devenaient moins habités. Le blanc prenait de plus en plus d’espace. […] Le blanc, c’est le vide, mais c’est aussi l’espace à combler. C’est un canevas, une nouvelle toile qui va surgir. Quand on additionne toutes les couleurs de lumière ensemble de manières égales, ça donne une lumière blanche, ça donne le blanc. Pour moi, ça symbolisait bien la communauté, où il n’y a pas une personne qui ressort du lot, qui va prendre plus de place. Les religieuses forment un tout et chacune contribue à ce tout-là d’une part juste, sans essayer de prendre l’espace de quelqu’un d’autre.» Blanc, c’est aussi la couleur des cheveux de ces femmes.

Si le thème de l’exposition et la couleur du costume des sœurs d’autrefois évoquent le noir et blanc, le choix de la couleur allait pourtant de soi pour Geneviève Thibault. «La couleur, c’est super important dans mon travail. […] Pour moi, la couleur dit beaucoup de choses, c’est signifiant. […] Quand je regarde l’image, c’est immersif; je suis capable de m’imaginer dans ce lieu-là. On voit tout en couleur. Ça représente beaucoup pour moi, la couleur. […] Elle apporte quelque chose qui est absent dans le noir et blanc: ça apporte l’ambiance.»

Pour la commissaire de l’exposition, le choix de la couleur prend tout son sens dans cette exposition, notamment parce que l’artiste n’a trouvé, dans ses recherches, que d’anciens documents d’archives qui étaient nécessairement en noir et blanc. «Dans cette espèce de souci d’être dans le présent, d’avoir un certain rendu de la question dans toute son actualité, je pense qu’il est intéressant d’être en couleur», croit Ève De Garie-Lamanque. Selon elle, la couleur cadre parfaitement avec ce que l’artiste raconte. «La couleur, c’est naturel. On regarde les images, on absorbe tout presque instantanément. On sait qu’il y a presque une idée de simultanéité de temporalité: si ce n’est pas aujourd’hui, c’est il n’y a pas longtemps. On ne se pose même pas la question.»

Un livre éponyme accompagne cette série photographique. Publié par les Éditions Cayenne, son lancement aura lieu à la mi-juillet de façon virtuelle. Une copie des lettres écrites par les religieuses est cachée dans le rabat de l’ouvrage.