Le bilan du festival a été fait aujourd'hui par Alain Jacques, Louis Bellevance, Patrick Martin et Claude Doré.

Bilan du FEQ: le défi des femmes et du franco

Alors qu’il classe la prestation de Cyndi Lauper lors de la soirée 100 % féminine du 13 juillet parmi les moments marquants du dernier Festival d’été de Québec (FEQ), le directeur de la programmation, Louis Bellavance, reconnaît que la chanteuse a eu raison de braquer les projecteurs sur la sous-représentation des artistes féminines dans les événements comme le FEQ.

«C’est une soirée où on a mis le talent féminin à l’avant-plan parce qu’on avait les outils pour le faire. Il n’y a pas encore suffisamment de femmes dans les programmations de festivals. Ce n’est pas parce que les programmateurs sont paresseux. C’est un ensemble de facteurs, il y a une réflexion à faire sur l’ensemble de l’industrie», indique le programmateur, citant notamment les maisons de disques, les agences de spectacles, les radios et les plateformes de diffusion en continu.

«La diffusion comme on fait, ça arrive à la fin, ajoute M. Bellavance. C’est ce qui est visible, mais c’est le dernier maillon. Nous, on met sur scène les gens qui sont dans les palmarès. C’est là qu’il faut que ça commence, c’est là qu’il faut qu’il y en ait plus.»

25 % d’artistes féminines

L’affiche du FEQ qui s’est terminé dimanche comptait environ 25 % d’artistes féminines, selon le programmateur, qui se dit toujours en quête de femmes comme têtes d’affiche. «On essaie toujours et c’est très difficile, note-t-il. Les artistes qui sont au top et qui sont capables de faire la scène [des Plaines], il y en a plus dans le pop et moins dans d’autres créneaux. Des Adele, des Florence and the Machine, on est là-dessus chaque année. Je ne sais pas combien de fois on a essayé Lana Del Rey. Elles sont extrêmement en demande parce qu’elles sont moins nombreuses à avoir cette envergure.»

C’est, selon M. Bellavance, dans cette optique qu’il est allé chercher cette année la jeune vedette néo-zélandaise Lorde, qui ne tournait pas en Amérique du Nord. «Il fallait qu’on soit conscient de la sous-représentation pour se dire: “Là, on va tout faire, on va payer plus, on va prendre quelqu’un qui n’est absolument pas disponible et on va rendre ça possible”. Et on ne regrette pas du tout de l’avoir fait», assure-t-il.

Un message à l’industrie

Selon lui, le succès d’une soirée comme celle qui a mis en vedette Milk & Bone, Cyndi Lauper et Lorde envoie un message à l’industrie: «Ça démontre que c’est possible, tranche-t-il. Il n’y a rien qui explique cet écart sauf un état de fait, un contexte historique. Ce n’est pas une justification, c’est une explication.»

Louis Bellavance est, nous dit-il, confronté à un défi similaire quand vient le temps de trouver des têtes d’affiche francophones pour la grande scène des Plaines. Cette année, seul Patrice Michaud a eu ce privilège. «Parfois, on arrive à en faire deux», note le directeur de la programmation du FEQ, qui vise généralement un artiste québécois et un européen. Le deuxième lui a glissé entre les doigts au moment de boucler sa grille 2018.

«Il y a quelque chose qui est passé à un cheveu de se faire, indique-t-il. On a dû se revirer de bord et programmer du lourd international anglais à la place d’une soirée franco.»

Louis Bellavance dit avoir déjà ciblé quel Québécois se verra remettre une carte blanche pour la grande scène l’an prochain. Pour le reste, il reste ouvert. «On va toujours revisiter les contenus disponibles», avance-t-il.

Le prochain Festival d’été aura lieu du 4 au 14 juillet 2019

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Les plus populaires

Si l’équipe du FEQ n’avait pas de chiffres d’achalandage à dévoiler au lendemain de sa 51e présentation, la directrice des communications, Samantha McKinley, pouvait avancer que les rockeurs des Foo Fighters et la sensation pop Shawn Mendes sont «certainement» ceux qui ont le plus fait courir les foules. Le parc de la Francophonie a quant à lui débordé lors des spectacles de Jethro Tull, Jane Birkin, Charlotte Cardin, America et Air Supply, 2Frères et Sum 41. Jain et Hubert Lenoir peuvent de leur côté se vanter d’avoir rempli la place D’Youville au maximum de sa capacité. Quant aux ventes de laissez-passer, elles ont été un peu moins importantes que l’an dernier. «Avant 2016, on s’est déjà rendu jusqu’à 140 000 laissez-passer, rappelle Mme McKinley. On s’est rendu compte que c’était trop au niveau des opérations et du confort des festivaliers. On a réduit le volume. L’an passé, on a affiché complet à 125 000 [unités]. Cette année, on s’en est approché, mais il en restait encore quelques-uns à vendre.»

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La brigade sera de retour

La brigade mise sur pied par le FEQ cette année pour prévenir les cas de harcèlement sexuel a été appelée à intervenir une douzaine de fois pendant les 11 jours du festival. «Ce n’était pas des signalements qui étaient futiles. Ça entrait dans le cadre de la brigade. Ça nous confirme qu’elle a sa raison d’être. La douzaine de cas, c’est peut-être peu sur 325 000 personnes, mais c’est 12 de trop», indique la directrice des communications du FEQ, Samantha McKinley, confirmant le retour de l’initiative l’année prochaine. L’organisation a pris note des commentaires sur le manque de visibilité des intervenants, qui devaient porter un bandana jaune, mais qui étaient difficilement reconnaissables dans les grandes foules. «Ce n’était pas assez visible, on l’a constaté. Il va y avoir des corrections», a confirmé Mme McKinley. 

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Alexisonfire pas trop gourmand

Il n’y a pas que l’équipe de programmation qui a pédalé quand la tête d’affiche des Plaines Avenged Sevenfold a été contrainte d’annuler son passage à Québec. Ceux qui gèrent les livres du FEQ aussi. «Il y a eu de l’inquiétude. On s’est demandé si on allait devoir payer plus cher pour avoir moins de rendement sur le terrain. Mais non, on a réussi à passer ça de manière extraordinaire», se réjouit le directeur général par intérim du FEQ, Claude Doré. Quand est venu le temps de sortir le FEQ du pétrin, le groupe ontarien Alexisonfire ne s’est semble-t-il pas montré trop gourmand. «Ça aurait pu arriver, estime M. Doré. Mais honnêtement, ils n’ont pas fait ça. Ils ne sont pas les seuls qu’on a contactés et on pensait que certains nous attendraient dans le détour. C’est normal, c’est l’offre et la demande. Là, au contraire, il y a eu beaucoup d’accommodements pour nous dépanner dans la situation qu’on a eue. Et on a eu le beau résultat de la présence des gens, il y a eu un bon achalandage.