Le «Beu-Bye» s’ouvre en revisitant l’univers des Backstreet Boys, qui nous ont rendu visite l’été dernier, costumes blancs et chorégraphie semi-quétaine à l’appui.

«Beu-Bye 17»: un survol rythmé

CRITIQUE / Si l’actualité de 2017 ne nous a pas si souvent donné de raisons de rire, elle a offert beaucoup de matière à se mettre sous la dent à l’équipe du «Beu-Bye», qui présente pour une quatrième fois sa revue de l’année à La Bordée. Entre Donald Trump, Mélanie Joly et Éric Duhaime; la légalisation prochaine du pot, la vague de dénonciations d’inconduites sexuelles ou les manifestations de La Meute, le survol est dynamique, souvent cinglant et surtout plutôt bien rythmé.

Piloté par Lucien Ratio et écrit par un collectif d’auteurs, le Beu-Bye ouvre cette année ses festivités (à moins que ce ne soit ses hostilités?) en revisitant l’univers des Backstreet Boys, qui nous ont rendu visite l’été dernier, costumes blancs et chorégraphie semi-quétaine (et pas très loin du matériel original!) à l’appui. Ce pastiche donne le ton à une soirée festive, où les chansons offrent certains des meilleurs moments. 

Saluons ici l’apport du musicien Mathieu Campagna, juché sur une structure surplombant l’aire de jeu, qui apporte son grain de sel tout au long du spectacle, et des six comédiens qui poussent tous la note à un moment ou un autre. 

Le Gabriel Nadeau-Dubois — ou plutôt Dubois-Nadeau, ici, pour les besoins de la rime — de Philippe Durocher nous a bien fait sourire en se la jouant playboy dans une relecture de Despacito, qui a fait pardonner son manque de justesse vocale par son énergie déjantée. 

Le musicien Mathieu Campagna apporte son grain de sel tout au long du spectacle.

Mais notre plus grand éclat de rire de la soirée, nous le devons à ce segment chanté, imaginé par Pascale Renaud-Hébert, transposant la «cassette» de Mélanie Joly dans l’univers du film La La Land : «Pour une ministre du Patrimoine, elle parle comme un gars d’La chicane», chante notamment un chœur de journalistes… Savoureux! 

La chanson western écrite par Robert Lepage et livrée par Ariane Bellavance-Fafard et Jean-Philippe Côté a aussi fait crouler la salle de rire en mettant en musique le discours de la droite, en général, et celui de sympathisants de La Meute, en particulier. 

À l’inverse, c’est plutôt l’émotion qui est au rendez-vous en fin de première partie, lors d’un hommage à ceux qui nous ont quittés cette année. On y salue notamment chacune des victimes de la tuerie de la grande mosquée avant de laisser Nicola-Frank Vachon et ses «choristes» entonner Free Fallin’ de Tom Petty, un autre grand disparu de 2017. 

Lucien Ratio et sa bande présentent une revue de l'année dynamique, souvent cinglante et plutôt bien rythmée.

Du cinglant au givré

Si la musique touche souvent la cible dans ce nouveau Beu-Bye, certains sketchs sont aussi bien relevés dans cet exercice diversifié, mais forcément un peu inégal. Par exemple, la rencontre entre l’hypnotiseur Messmer et les chefs des partis provinciaux laisse tiède, mais celle entre Denis Coderre et le Batman d’Adam West (décédé en juin) est plutôt fertile. Notre Régis Labeaume, interprété par un Nicolas Létourneau à genoux, aura quant à lui droit à sa propre version du Conte de Noël de Dickens. 

Au chapitre du cinglant, citons ce segment qui fait passer les opposants au cimetière musulman à Saint-Apollinaire pour des paysans xénophobes attardés. Du côté givré, il y a ce sketch particulièrement bien tourné signé Marc Auger sur la légalisation prochaine du cannabis, dans lequel une conseillère de la SAQ suggère à son client de visiter «l’espace séquelles». 

On vous garde le punch, mais disons que Lucien Ratio et sa bande ne pouvaient trouver meilleures personnes pour réprimander tous ces hommes qui se sont rendus coupables d’inconduites à caractère sexuel, que ce soit Gilbert Rozon, Éric Salvail ou «le gars qui donne des bisous à la journaliste de Rad-Can». Un très bon flash.

Le Beu-Bye 17 est présenté à La Bordée jusqu’au 30 décembre.