Bernard Labadie a choisi de reprendre le «Requiem» de Mozart et la «Messe Nelson» de Haydn pour son premier concert en tant que chef principal de l’Orchestra of St. Luke’s, au Carnegie Hall à New York.

Bernard Labadie: quand La Chapelle chante

Lorsque New York a été frappée en plein cœur le 11 septembre 2001, les Violons du Roy et la Chapelle de Québec sont allés y interpréter le «Requiem» de Mozart et la «Messe Nelson» de Haydn. Pour son premier concert en tant que chef principal de l’Orchestra of St. Luke’s, Bernard Labadie a choisi de reprendre ce programme chargé d’émotions.

Le chef se réjouissait déjà, lors de l’annonce de sa nomination, l’an dernier, à l’idée de conjuguer les forces de cet orchestre de chambre de New York et de La Chapelle de Québec, le chœur dont il est le fondateur et le directeur musical. Ce sera chose faite jeudi soir au Carnegie Hall. «Faire ce premier pas officiel à titre de chef principal avec une partie de ma famille de Québec, je trouve ça extraordinaire. […] J’espère que ce sera le début d’une collaboration régulière», souligne-t-il. 

Trente-quatre chanteurs et à peu près le même nombre d’instrumentistes interpréteront sous sa houlette le magistral Requiem et la Messe Nelson, dont le titre original, Missa in Angustis, signifie «messe pour un temps d’angoisse».

«C’est l’œuvre la plus dramatique, voire violente, de Haydn, alors qu’on associe rarement ces mots à sa musique», note M. Labadie. On n’y trouve que des cordes, des trompettes, des timbales et l’orgue, puisqu’au moment de la création de la pièce, la guerre était aux portes de Vienne et on avait dû renvoyer l’orchestre. «Partout dans l’œuvre on a l’impression que la guerre fait rage pas loin. Pour moi, c’est une œuvre tout à fait moderne, qui fait écho à l’état du monde actuel», indique le chef. 

Le programme sera en partie repris à Québec et à Montréal la semaine prochaine, toujours avec La Chapelle, mais avec les Violons du Roy et d’autres solistes, soit Mireille Lebel, Kimy Mc Laren, Lawrence Wilifrod et Neal Davies. Le Requiem sera remplacé par une autre pièce-maîtresse de Mozart, soit la Messe du couronnement, à laquelle s’ajoutera le motet Ave verum corpus. 

Baptisé La cérémonie des lumières, ce concert puise au répertoire sacré, comme un écho à l’Halloween et la Fête des morts. «Les grands compositeurs viennent chercher chez nous une partie spirituelle qui a besoin d’être nourrie, sans que la référence religieuse soit absolument essentielle», explique Bernard Labadie. «Je ne crois pas que les spectateurs pensent beaucoup au texte, c’est davantage la musique qui vient nous chercher, mais les compositeurs, eux, construisaient tout autour du texte», raconte-t-il. Il donne en exemple le Benedictus, un moment habituellement très sobre, qui brille de milles feux dans la Messe Nelson. «Pour Haydn, “Celui qui va venir au nom du Seigneur” est celui qui va venir arrêter la guerre. Il y a un moment où tout s’arrête, les trompettes et les timbales font une marche militaire et où le chœur crie, littéralement. C’est d’une force et d’une puissance extraordinaires. Chaque fois, ça me donne des frissons.»

La cérémonie des lumières sera présentée mardi et mercredi au Palais Montcalm, à Québec, et le samedi 3 novembre à la Maison Symphonique à Montréal.

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LE RITUEL DE CHEMIN DE NOËL

Pour la troisième fois, Bernard Labadie et La Chapelle de Québec invitent le public au Chemin de Noël, le 23 décembre au Palais Montcalm. Un moment de recueillement, de communion et de chant. «Le commentaire que je reçois le plus souvent est “Merci monsieur Labadie de nous avoir ramené quelque chose qui est comme la Messe de minuit lorsqu’on était petits”», indique le directeur musical.

Les textes sont «presque immuables», comme au Festival of Nine Lessons and Carols à Cambridge, dont le Chemin de Noël est inspiré. La musique est toutefois largement renouvelée, à l’exception des quatre chants où les spectateurs sont invités à chanter les refrains. «On veut que les gens sentent qu’ils font partie d’une communauté, et il n’y a rien de mieux que le chant pour le faire, souligne Bernard Labadie. La première année, les chanteurs de La Chapelle en avaient les larmes aux yeux, ça leur donne une énergie extraordinaire.»

L’événement est gratuit, mais il faudra mettre la main sur des billets le matin du 15 décembre, au Palais Montcalm. Aucun billet ne sera attribué par téléphone cette année. Bernard Labadie annonce toutefois que l’attente sera «animée». «On prendra soin des gens, ça fera partie de l’expérience», promet-il.