Intitulé Girl With Ballon (Fillette au ballon), le tableau a été adjugé à un prix trois fois plus élevé que le prix de départ, un record pour Banksy.

Banksy : « Il vient de s’inscrire dans l’histoire de l’art »

Sherbrooke — Une œuvre du mystérieux artiste de rue Banksy s’est apparemment autodétruite, vendredi, devant les participants à un encan se déroulant chez Sotheby’s à Londres, quelques instants après avoir été vendue 1,4  million $ US.

Intitulé Girl With Ballon (Fillette au ballon), le tableau a été adjugé à un prix trois fois plus élevé que le prix de départ, un record pour Banksy.

Immédiatement après la vente, une alarme a toutefois retenti pendant que l’œuvre passait à travers une déchiqueteuse cachée dans le bas du cadre, émergeant sous forme de lanières.

Anaïs Girardot, une évaluatrice d’œuvres, trouve le coup « absolument brillant ». « Ce n’est pas la première fois qu’un artiste fait ses commentaires avec l’art, indique-t-elle. C’est carrément une critique à la surconsommation par rapport aux enchères. Je prédis que l’œuvre vient de doubler sa valeur. En soi, c’est la performance artistique qui est ajoutée à tout ça. Ça a tellement été médiatisé que la pièce devient unique en son genre. »

« Il vient de s’inscrire dans l’histoire de l’art, c’est sûr et certain, pense Mme Girardot. Je suis contente d’être vivante et de voir ça. Souvent, les grands mouvements artistiques, on n’en a pas été témoin. »

Selon l’artiste sherbrookoise Adèle Blais, Banksy dénonce le prix de vente des œuvres d’art. « C’est un geste qui en dit beaucoup à plein de niveaux. La démesure du prix de l’art, c’est surréaliste. Je suis étonnée que mes tableaux partent à de si grands montants. Ça, c’est ma réalité. Marc Séguin dit qu’il n’y a pas de limite au prix de l’art », raconte-t-elle.

L'oeuvre originale

« C’est une œuvre assez simple, continue-t-elle. 1,2 million d’euros, c’est quand même spectaculaire. Pour montrer à quel point ce n’est pas les artistes qui vendent de l’art, c’est toute l’industrie derrière. Nous sommes tous un peu pris quand on commence à se tailler une place. »

Selon elle, l’obsolescence programmée est aussi un sujet visé par Banksy. « Il a fait vivre une expérience vraiment écœurante, pas juste aux acheteurs, à différentes personnes. C’est un geste multiple. Il y a aussi l’aspect de la critique envers l’obsolescence programmée. Je pense qu’il a voulu démontrer le ridicule de cette industrie. Je pense que les artistes, on prend le pouls de ce qui se passe dans le monde et on le traduit et c’est ce qu’il a fait. Il a le panache, il n’a pas à vendre des œuvres pour gagner son pain. Je le remercie, car parfois, on crie par en dedans et l’on voudrait crier plein de choses, mais on ne peut pas. C’est un beau geste », décrit l’artiste.

« Ça va marquer l’imaginaire. De plus, ce sont des œuvres très accessibles, pas trop difficiles à comprendre. L’image de cette petite fille qui glisse et qui se déchire, ça va marquer. Dans les livres d’histoire, ça va rester », assure-t-elle

Un artiste mitigé

De son côté, Mega Nan, un autre artiste sherbrookois, s’est fait plus critique. « Les gens sont tous heureux, ils sentent qu’ils vivent un événement. C’est comme être invité à un buffet et en plein milieu du repas, l’hôte dit “vous mangez du caca” et les invités sont tous heureux et fébriles. Il y a quelque chose que je trouve un peu tordu dans ce système qui est fascinant », pense-t-il.

Selon lui, il y a un double discours dans cette œuvre d’art. « Je deviens mal à l’aise, car la personne critique ce milieu, mais y participe. Tout dépend de ce qu’il fait avec son argent, s’il remet ça dans une cause quelconque, à la limite, ça le pardonne, mais il y a quelque chose de biaisé dans son approche », résume Mega Nan. Avec la Presse canadienne