Les animateurs Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk pendant le tournage du <em>Bal Mammouth</em> cette semaine. 
Les animateurs Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk pendant le tournage du <em>Bal Mammouth</em> cette semaine. 

Bal Mammouth : Chapeau à nos ados!

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Comme nous tous, ils ont été confinés. Ça n’a pas été facile. À un âge où les contacts sociaux sont plus cruciaux que jamais, à un moment qui rime avec un rite de passage, à cette croisée des chemins qui les amène vers l’âge adulte, nos ados ont été privés de leur fin d’année scolaire et de leur bal de finissants. L’équipe de Mammouth ne les a pas oubliés. La fête se passera à l’écran, mais l’hommage n’en sera pas moins senti.

«Certains vont dire qu’avec tout ce qui se passe, le bal, ce n’est pas une grosse affaire. Au contraire», avance Vincent Bolduc, producteur au contenu du spectacle télévisé sur les ondes de Télé-Québec le 19 juin à 20h. L’émission sera animée par les comédiens Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk. Un «avant bal» et un «après bal» auront lieu sur Instagram et Facebook dès 19h30 et à 21h.

«Ce n’est pas tant la soirée comme telle que le rite de passage que ça représente, ajoute Bolduc. Ce sont les cinq ans qu’ils ont passés. Il y en a qui ont eu de la misère, qui ont vécu de la discrimination, qui ont eu des difficultés dans différentes matières, des défis sociaux. Ils sont devenus quelqu’un d’autre. On n’est pas le même quand on entre et quand on sort du secondaire.»

Depuis quelques années, Mammouth s’efforce d’être en phase avec les ados d’ici. Qu’est-ce qui les branche, les fait danser, les préoccupe, les influence. Leur gala rend hommage aux personnalités qui touchent les jeunes Québécois. En ces temps de pandémie, l’heure était venue de leur rendre la pareille. Habillés chic ou «en mou», c’est leur soirée.

«Les gens nous appelaient pour participer, assure Vincent Bolduc. Ç’a vraiment été d’une grande fluidité. On le voit bien que les ados ont été un peu les oubliés dans cette crise-là. Il y a des gens qui ont souffert davantage au niveau de la santé. On s’est questionné avec raison sur ce qu’on va faire pour nos personnes âgées. On s’est questionné avec raison sur ce qu’on doit faire pour que les travailleurs puissent continuer à fonctionner. On s’est posé la question pour les enfants. Mais pas pour les ados. On s’est dit : “ils aiment ça être dans le sous-sol et être tranquilles”. Mais ç’a créé une détresse pour ces jeunes-là, pour qui les liens sociaux sont le ciment de leur vie. Pour la plupart, ce n’était pas l’idéal d’être avec leurs parents 24 heures sur 24. Mais ils l’ont fait. Ils ont respecté les règles, ils ont aidé. Mais ils sont passés à côté de la fin de leur secondaire.»

Le 19 juin, ils seront nombreux à offrir une festive solution de rechange au bal. Roxane Bruneau, Bleu Jeans Bleu, Sarahmée, KNLO, Félix Auger-Aliassime, FouKi, Marie-Mai, Rosalie Vaillancourt, Charlotte Cardin, Phil Roy, Jay du Temple, La Bronze et Marième sont de ceux qui ont voulu rendre hommage à nos finissants de 2020.

Pier-Luc Funk

«Les personnalités sportives, scientifiques et artistiques qu’on voulait nous disent toutes oui, se réjouit Vincent Bolduc. C’est un pur bonheur. Tous ces gens viennent dire : “bravo, tu l’as fait, tu es passé au travers de ces cinq ans. Ça ne sera pas marqué comme d’habitude, mais on va te faire une fête spéciale pour te le dire”.»

Ensemble malgré tout

Acteur depuis l’enfance, Vincent Bolduc a manqué plusieurs jours d’école dans sa jeunesse. Au moment de quitter le secondaire, il raconte avoir raté de justesse le prix de l’élève le moins présent parce que ses absences étaient justifiées par le travail. Il garde de son propre bal le souvenir d’un jeune homme qui «se croyait tellement» dans sa chemise à jabots. Il chérit surtout le côté festif de l’événement.

«Je n’étais pas beaucoup à mon école, mais j’étais très proche de ma gang, confie-t-il. Le parascolaire, ç’a fait toute ma santé mentale. Même si je travaillais avec du monde super, j’avais hâte de m’en retourner à l’école pour m’occuper du spectacle de fin d’année, pour faire de l’impro, pour les journées de camp de jour qu’on animait pour des enfants. Ça me tenait autant à cœur que d’aller tourner. Les équipes de tournage changent. Mais ta gang à l’école, elle reste. C’est resté comme un ciment pour moi.»

Sarah-Jeanne Labrosse

Pendant que la COVID-19 nous enfermait tous à la maison, l’idée de tendre la main aux ados s’est vite imposée. Et si la santé publique ouvre peu à peu la porte au déconfinement, l’équipe avait prévu le coup pour favoriser les rassemblements virtuels. Les groupes qui regarderont le Bal Mammouth à distance pourront partager de façon sécurisée l’adresse de leur visioconférence et peut-être recevoir la visite des animateurs Sarah-Jeanne Labrosse ou Pier-Luc Funk pendant l’émission.

L’idée est surtout de retourner les projecteurs vers nos finissants. Dans une époque trouble de pandémie, alors que le décès de George Floyd sous le genou d’un policier a mobilisé les foules contre le racisme, l’actualité pourrait transcender ce bal télévisé.

«Il faut faire la différence avec la soirée Mammouth de fin d’année, qui rappelle les événements marquants de l’année, précise Vincent Bolduc. Là, c’est sûr qu’on va parler de lutte contre le racisme, de confinement, de pandémie… Dans le cas du Bal Mammouth, le but est plus de mettre le focus sur les jeunes, de leur dire bravo de l’avoir fait. Ceci étant dit, quand ils nous parlent d’avenir, ils parlent du vivre ensemble, du racisme, du confinement. Bien sûr qu’ils sortent dans un contexte de pandémie et de changement social. On ne peut pas le nier. Quand on leur demande comment ça va, c’est teinté de ça.»

Le comédien et producteur cite la campagne de la jeune militante environnementaliste Greta Thunberg, qui a mobilisé les foules avant la pandémie. Il évoque surtout combien beaucoup de choses ont changé en cette année où nos finissants auraient dû festoyer à leur bal.

«Ils ont marché dans les rues pour l’environnement, ils ont été confinés pour des raisons de santé publique et là, ils sortent pour lutter contre le racisme et les inégalités, résume-t-il. Ç’a été ça leur année.»