À Londres, des militants en ont contre la présentation d'une exposition au British Museum consacrée à Troie et commanditée par la compagnie pétrolière BP.

Au Royaume-uni, l'art tourne peu à peu le dos aux pétrolières

LONDRES — De plus en plus d'institutions culturelles britanniques tournent le dos aux compagnies pétrolières, devenues des mécènes indésirables, sous la pression d'artistes et de militants environnementaux.

Mardi soir, des membres de l'association BP or not BP?, habituée des mobilisations théâtrales, ont perturbé un événement lié à la nouvelle exposition du British Museum consacrée à Troie et commanditée par BP, qui ouvre jeudi. Des militants déguisés en dieux ou héros grecs — Zeus, Athéna, Achille — se sont fait asperger d'un liquide noir par une divinité spécialement imaginée pour l'occasion, «Petroleus».

«Le mécénat de BP au profit du British Museum ressemble, ironiquement, au cheval de Troie présenté dans l'exposition. L'entreprise sponsorise le musée pour avoir l'air généreuse et intéressée par la culture mais en réalité, c'est une tentative cynique de détourner l'attention de quelque chose de bien plus sinistre», a déclaré dans un communiqué une des militantes, Sophie McIntosh, citant ses investissements dans les combustibles fossiles nuisibles à l'environnement.

Tout en disant «comprendre» les inquiétudes soulevées, une porte-parole du grand musée londonien a souligné à l'AFP que les expositions temporaires comme celle visée sont «coûteuses à mettre en place et seulement possibles à organiser avec ce type de soutien".

Les militants, qui disent avoir déjà mené 37 activités de mobilisation au British Museum, ne comptent pas relâcher leur pression. Leur prochain projet? Construire un cheval de Troie et faire le siège du musée.

En France aussi

Ils ont déjà fait plier certaines institutions tandis que d'autres s'interrogent.

Être ou ne pas être commandité par BP? À cette lancinante question, la Royal Shakespeare company, prestigieuse compagnie théâtrale basée dans la ville natale du barde, à Stratford-upon-Avon (Angleterre), a finalement répondu «non» le mois dernier, laissant BP «déçu et atterré», de l'aveu de la major.

Le mécénat de BP permettait à la RSC de proposer des billets bon marché pour les jeunes. Mais c'est justement une lettre d'une association de jeunes à l'origine de grèves scolaires pour dénoncer l'inaction face à la crise climatique qui l'a fait renoncer.

«Dans un contexte d'urgence climatique, que nous reconnaissons, les jeunes nous disent maintenant clairement que le mécénat de BP crée une barrière entre eux et leur désir de s'impliquer avec la RSC. Nous ne pouvons pas ignorer ce message», a expliqué la direction de l'institution dans un communiqué.

BP or not BP? milite depuis «des années» contre les liens entre le monde de l'art et celui du pétrole, a expliqué à l'AFP un de ses membres, Danny Chivers. «Mais cette année, ça a vraiment porté ses fruits [...] en partie grâce à des mouvements comme les grèves dans les écoles [pour le climat] et Extinction Rebellion», qui a organisé une série d'actions en particulier à Londres.

Ce qui a changé aussi c'est que «beaucoup de gens du milieu de l'art ont fait entendre leur voix de plus en plus fort», a-t-il souligné, citant le comédien Mark Rylance, qui avait spectaculairement claqué la porte de la RSC pour s'opposer au mécénat de BP.

Dans la foulée de la RSC, les galeries nationales d'Écosse ont rompu leurs liens avec BP, prenant la «responsabilité de faire tout ce que nous pouvons pour répondre à l'urgence climatique».

Les militants comptent bien faire capituler les institutions culturelles qui continuent à bénéficier de l'argent des groupes pétroliers, comme le Royal Opera House ou la National Portrait gallery dont une porte-parole a dit à l'AFP «écouter attentivement les voix de chaque partie».

En France aussi, des militants du collectif «Libérons le Louvre» ont mené des activités de mobilisation aux allures de performances théâtrales contre le mécénat de Total.

Et les compagnies pétrolières ne sont pas les seules à commencer à sentir le soufre : l'argent de la famille Sackler, qui a bâti sa fortune sur le puissant analgésique à l'origine de la crise des opiacés qui ravage les États-Unis, est désormais boudé par certains des plus grands musées du monde.

Reste à savoir comment trouver d'autres financements. Danny Chivers cite l'exemple de la Tate à Londres, et du festival international d'Édimbourg, en Écosse, qui ont renoncé en 2016 à l'argent des firmes pétrolières et s'en «sont sortis particulièrement bien».