Pour le grand public, il reste le chorégraphe du mythique «West Side Story», mais Jerome Robbins est immortalisé aujourd’hui surtout à travers ses ballets, dansés par les plus grandes compagnies au monde 20 après sa mort.

Au-delà de West Side Story, l’oeuvre de Jerome Robbins perdure dans ses ballets

PARIS - Pour le grand public, il reste le chorégraphe du mythique «West Side Story», mais Jerome Robbins est immortalisé aujourd’hui surtout à travers ses ballets, dansés par les plus grandes compagnies au monde 20 après sa mort.

Le nombre de troupes dansant les pièces du chorégraphe prolifique a presque triplé cette année --d’une dizaine à une quarantaine-- à l’occasion du centenaire de sa naissance, mais pas seulement.

«Les danseurs adorent danser du Robbins; ils s’y sentent libres», explique Jean-Pierre Frohlich, assistant du chorégraphe pendant une vingtaine d’années au New York City Ballet.

Il a «fait disparaître le côté +prince+ chez les danseurs et rendu le ballet moins élitiste, plus réel», souligne M. Frohlich, qui fait répéter les danseurs de l’Opéra de Paris en vue d’une soirée hommage (27 octobre-14 novembre).

«Vous pouvez suivre facilement ses ballets même si vous ne connaissez rien à la danse», dit l’ex-danseur, en charge de veiller sur le répertoire Robbins.

Roi de Broadway 

L’artiste, né Jerome Rabinowitz dans une famille juive de New York, était inclassable: du ballet à Broadway, en passant par le cinéma et la télévision, il a conçu des danses sur des musiques de Bach ou du légendaire Leonard Bernstein.

«West Side Story», «On the Town», «The King and I» ou «Peter Pan» l’ont fait roi de Broadway, où il a contribué à révolutionner la comédie musicale en intégrant les danses au coeur de l’histoire et des personnages.

Robbins a injecté l’esprit américain dans le ballet: «Fancy Free», qui a fait sa renommée (1944) et qui mélange jazz et classique, met en scène trois marins en permission à New York en pleine Seconde guerre mondiale.

Pour Isabelle Guérin, ex-danseuse étoile à l’Opéra de Paris qu’il appelait sa «seconde maison», «les ballets de Robbins, c’est la vie», que ce soit dans «The Concert», une sorte de parodie du public, ou «In the Night», portrait de trois couples.

«Il regardait tout ce qui se passait autour de lui et le transposait sur scène», explique M. Frohlich, époux d’Isabelle Guérin.

George Balanchine, considéré comme le «père du ballet américain», avait affirmé que «le véritable chorégraphe américain, c’était Jerry».

Et si Balanchine avait énoncé «le ballet, c’est la femme», Robbins, lui, s’en est saisi pour peindre les relations humaines.

Le «dark side» de Robbins 

Mais le chorégraphe avait son côté obscur. Durant la chasse aux sorcières dans les années 50, et par peur selon lui d’être mis à l’index comme homosexuel, il dénonce huit sympathisants communistes. «Ce souvenir le poursuivra jusqu’à sa mort», selon Greg Lawrence, auteur de «Dance with Demons, The Life of Jerome Robbins»

En studio, il était réputé pour ses répétitions épuisantes et ses remarques désobligeantes.

«Si je vais en enfer, je n’aurais pas peur du diable, car j’ai travaillé avec Jerome Robbins», est allée jusqu’à dire Mel Tomlinson, une soliste du NYCB, citée par Greg Lawrence.

«Je l’ai vu se mettre très en colère (...) si vous n’étiez pas aussi exigeant que lui, il le sentait et commençait à vous crier dessus», se rappelle M. Frohlich. «Aujourd’hui, c’est très difficile (d’agir comme cela), tout a changé».

Son exigence légendaire allait de pair avec sa volonté de créer des ballets extrêmement réalistes.

«Une fois je l’ai vu passer deux heures avec quelqu’un pour lui faire répéter un mouvement, pour qu’il soit le plus naturel possible», affirme Mme Guérin-Frohlich.

L’ex-star de l’ONP, Manuel Legris se souvenait récemment d’une répétition pendant trois mois, six heures par jour, de «Dances at a gathering», un de ses ballets les plus connus.

«On s’est dit qu’on allait arriver mort à la première», mais une fois en scène, dit-il, «c’était d’une facilité incroyable, car tout était maîtrisé de A à Z. C’est rare d’avoir la possibilité de travailler autant les choses aujourd’hui».