La comédienne et metteure en scène Marie-Josée Bastien participait déjà à l’initiative française Au creux de l’oreille à l’invitation de Wajdi Mouawad, l’instigateur du projet.
La comédienne et metteure en scène Marie-Josée Bastien participait déjà à l’initiative française Au creux de l’oreille à l’invitation de Wajdi Mouawad, l’instigateur du projet.

Au creux de l'oreille: l’art au bout du fil

Comme nous ne pouvons plus aller voir les comédiens sur les planches, ce sont eux qui viennent à nous pendant la pandémie de COVID-19 grâce à l’initiative Au creux de l’oreille. Après la télé, la radio et le Web, c’est par téléphone qu’on pourra d’ici au 3 mai et partout au Québec reconnecter gratuitement avec les artistes d’ici.

Venue de Wajdi Mouawad et du théâtre La Colline de Paris, l’idée est à la fois simple et chaleureuse : un appel d’une quinzaine de minutes logé par un interprète qui lira un texte à des interlocuteurs ayant manifesté leur l’intérêt. Les comédiennes Linda Laplante et Marie-Josée Bastien, qui participaient déjà à l’initiative européenne lancée le 24 mars à l’invitation de Wajdi Mouawad, ont eu envie de transposer le concept au Québec et le tout s’est concrétisé avec la collaboration du Théâtre Périscope. L’objectif? Faire vibrer l’art, mais surtout briser l’isolement.

«Outre le fait qu’on fait des lectures, on a vraiment un contact concret avec quelqu’un. Ça fait un bien immense d’entendre quelqu’un qui s’inquiète pour nous. Il y a une sorte de soupape qui se passe, toujours dans le bonheur. On lit un texte et ensuite, on échange là-dessus», note Marie-Josée Bastien, qui dit garder un contact avec les gens à qui elle a fait la lecture en France ou au Maroc. «Je leur écris un petit bonjour, je leur envoie des photos de la neige!» rigole la femme de théâtre. Au fil de l’expérience qu’elle qualifie d’«intime», elle a privilégié des œuvres d’auteurs d’ici pour ses auditeurs étrangers.

Menu vaste

Laissé à la discrétion de chaque lecteur — qui offre ses services bénévolement — le menu proposé aux Québécois sera vaste, entre des extraits d’essais, de nouvelles, de romans, de poésie, de théâtre ou encore de textes de chansons.

Les appels seront effectués du mardi au samedi entre 16h et 20h d’ici au 3 mai. Le projet pourrait toutefois se prolonger si les mesures de confinement se poursuivent au-delà du 4 mai, précise Marie-Josée Bastien.

La comédienne Linda Laplante en pleine lecture.

Au moment de lancer la branche québécoise du projet, mercredi matin, une cinquantaine d’interprètes avaient répondu présents. Le nombre avait pratiquement doublé quelques heures plus tard, a observé la comédienne et metteure en scène. «C’est fou, ça n’arrête pas de monter», lance-t-elle.

L’initiative Au creux de l’oreille s’adresse aux personnes seules, aux familles résidant sous le même toit, mais aussi aux aînés qui vivent en centre d’hébergement. Les auditeurs intéressés sont donc invités à se manifester eux-mêmes ou à inscrire un proche via un formulaire en ligne sur le site Web du Périscope. L’équipe du théâtre se chargera de jumeler au hasard artistes et spectateurs. L’identité des lecteurs ne sera connue qu’au moment de l’appel.

«Il est possible qu’un étudiant du Conservatoire appelle à Rouyn-Noranda et qu’une vedette de Montréal appelle à Sept-Îles. Tout est brassé de même!» résume Marie-Josée Bastien.