L’Islandais Asgeir rayonne avec sa pop délicate dans Bury the Moon, album livré vendredi.

Asgeir, ambassadeur pop islandais

PARIS — C’est l’anti-viking: timide en interview, frileux un jour de pluie parisienne, l’Islandais Asgeir rayonne en revanche avec sa pop délicate dans Bury the Moon, album livré vendredi, amorce d’une tournée internationale fleuve.

«Asgeir, c’est la star venue d’Islande en ce moment, il n’arrête pas de tourner à l’étranger», commente, élogieuse, mimant le décollage d’un avion, Ragna Kjartansdóttir, alias Cell7, rappeuse islandaise rencontrée par l’AFP à Eurosonic, festival à Groningue (Pays-Bas).

L’embarquement est proche: ses concerts le mobiliseront tout le mois de février sur le Vieux Continent et tout le mois de mars en Amérique du Nord, pour commencer...

Un calendrier un peu effrayant, non? «Oui, je dois reconnaître (rires). Bon, c’est un rythme différent sur la route, ça me change de mes trajets maison-studio (rires)», répond-il.

«Je suis réservé. Au début, sur scène, je me disais que je ne méritais pas d’être là, avec tous ces gens devant moi, je me trouvais tout petit, mais je m’habitue», expose ce barbu de 27 ans, un peu caché sous sa casquette. Il n’a pourtant rien à craindre, captant sans problème l’attention du public avec ses compositions sensibles, mêlant pop, folk et électro.

«Vent et tempête»

Fin janvier à Paris, l’homme venu du froid remonte sa veste sur ses épaules et s’inquiète d’un radiateur qui tarde à s’allumer... «Dire que je suis censé être le dur à cuire d’Islande (rires). L’hiver y est vraiment mauvais, entre tempêtes, avalanches, lourdes chutes de neige, routes coupées...»

Ces conditions dantesques ont d’ailleurs entouré la création de son nouvel opus dans une maison prêtée par un proche, à deux heures de voiture de Reykjavík, en pleine nature. «Parfois, avec le bruit du vent et de la tempête, je ne pouvais même pas enregistrer», dit-il.

«J’étais venu dans une petite voiture, mais un matin, je ne la voyais plus, elle était ensevelie sous la neige: j’étais piégé, ce qui était bien finalement pour composer.» Sauf qu’il avait pris seulement pour trois ou quatre jours de nourriture. «J’avais mal anticipé, mon producteur est venu à mon secours (rires).»

Il voulait se retrouver seul, pendant trois ou quatre semaines, pour poser les fondations de Bury the Moon. Les paroles de certaines chansons ont ensuite été ourlées avec son père, le poète Einar Georg Einarsson, 78 ans.

«Crise de 2008»

Au début de sa carrière, Asgeir attendait la livraison des textes pour composer. Désormais ils échangent tous deux, pour trouver une direction, comme dans Youth, titre imprégné de la «nostalgie» des deux hommes.

Des morceaux sont plus en prise avec l’actualité, comme Lazy Giants, où Asgeir se demande «si les gens en Islande ont vraiment retenu la leçon de la crise de 2008...»

Autre personnage central dans sa galaxie, John Grant, chanteur-compositeur américain touche-à-tout. C’est lui qui adapte en anglais les albums d’Asgeir, qui sortent en islandais dans son pays. «Il vit à Reykjavik, il parle islandais — alors qu’il faut 40 ans pour le comprendre à certaines personnes (rires) — et il connaît aussi le russe, le danois, l’allemand, il a un cerveau spécial !»