Armand Vaillancourt aime rappeler que Leonard Cohen (photo), dont la plupart retiendront la voix grave et les poèmes empreints de mélancolie, touchait comme lui aux arts visuels.

Armand Vaillancourt salue son ami Leonard Cohen

Au lendemain de l'annonce du décès du poète et chanteur Leonard Cohen, son vieil ami, le sculpteur Armand Vaillancourt, se rappelait encore les souvenirs qu'il avait vécus avec celui qu'il qualifie de «grand bonhomme».
«Il est décédé, mais il va vivre longtemps dans l'esprit du monde», déclare Vaillancourt en entrevue téléphonique avec Le Soleil. L'artiste de 87 ans se remémore les premiers verres pris avec son ami dans les années 60, au Bistrot de la Montagne dans la métropole.
«Je me rappelle qu'un soir, quelqu'un m'avait dit, en anglais : "Armand, tu as l'air d'un géant!" et Leonard avait immédiatement répliqué : "Mais Armand, tu ES un géant!"» L'amitié entre les deux hommes a toujours duré.
Il aime aussi rappeler que Cohen, dont la plupart retiendront la voix grave et les poèmes empreints de mélancolie, touchait comme lui aux arts visuels. Ses dessins et ses peintures accompagnaient en effet parfois ses albums et ses recueils de poésie.
«Je me souviens d'un soir où il était venu me voir alors que je faisais une performance à Montréal. Il arrive et me dit : "Tu sais que je fais des dessins, Armand?", et ça a fini qu'on a fait trois ou quatre toiles ensemble!»
Suzanne
Le sculpteur signale aussi que la fameuse Suzanne de la pièce éponyme de Cohen n'était pas Suzanne Elrod, qui a donné deux enfants au poète montréalais, mais bien Suzanne Verdal McCallister, une jeune danseuse qui était à l'époque la femme de Vaillancourt.
Cohen a été très proche de la femme de son ami, qui est devenue l'une de ses muses. Après avoir quitté Vaillancourt et s'être installée dans le Vieux-Montréal avec leur fille Julie, elle a invité le poète à son appartement et c'est là qu'elle lui a servi, comme dans la chanson, «du thé et des oranges venues de Chine».
Cohen avait cependant toujours juré n'avoir jamais entretenu de relation charnelle avec l'ex-femme de son ami. «Je ne voulais pas compromettre ce que nous avions», avait déclaré Cohen à la CBC à la fin des années 90.
«Quand Leonard a écrit sa chanson, il m'a dit : "Armand, j'ai fait une chanson à propos de Suzanne. Est-ce que tu veux l'entendre?" Et il s'est installé et l'a interprétée. C'était très beau», se souvient l'artiste, rappelant le rôle que cette pièce avait joué dans la transition de Cohen de la poésie vers la chanson.
«À l'époque, Leonard n'était vraiment pas connu beaucoup comme chanteur et il est parti à New York avec cette chanson. Ça a été le début de tout», illustre Vaillancourt.
En Californie
Quant à Suzanne Verdal McCallister, elle habite depuis 20 ans à Santa Monica, en Californie, où elle a été professeure de danse et massothérapeute. Elle vit une vie de bohémienne entourée de ses sept chats dans une maisonnette montée sur une camionnette.
Armand Vaillancourt était au Musée d'art contemporain de Montréal jeudi soir quand il a appris la mort de son ami, mais il savait que celui qui était son cadet de cinq ans avait une santé vacillante. 
«Il a fait un travail ultime [au cours des dernières années],
il a sorti tout le jus qui lui restait», affirme le sculpteur dans son langage imagé. «On va certainement se retrouver un peu plus loin...»