Malgré une vente de billets ardue au Centre Vidéotron, Arcade Fire s'est efforcé de démontrer que les absents ont tort avec un généreux spectacle.

Arcade Fire fait face à la musique

CRITIQUE / Deux visites à Québec, deux scénarios entièrement différents pour Arcade Fire. Après avoir soulevé les plaines d'Abraham avec un concert mémorable en 2010, le groupe montréalais a dû redoubler d'efforts pour animer un Centre Vidéotron qui n'a pas été facile à remplir, mardi.
Ce n'est pas un secret: les ventes de billets pour ce spectacle ont été ardues. Ça s'explique de toutes sortes de manières: un nouvel album, Everything Now, qui n'a pas été célébré autant que les précédents, un spectacle dans un registre similaire, annoncé plus tôt - Depeche Mode - qui lui faisait compétition à Montréal et, surtout, le fait que le groupe ait négligé d'entretenir et de développer son public d'ici au fil des ans.
Certes, la formation réside à 250 km de Québec, or elle n'était venue en ville qu'une seule fois, il y a 7 ans. À cela, il faut ajouter que la troupe n'avait jamais voulu s'entretenir avec les médias locaux jusqu'à la présente tournée. Forcément, tout ceci a eu un impact. À Québec, mais ailleurs aussi au pays, car ce qui s'est passé au Centre Vidéotron se répète dans des villes comme Edmonton ou Calgary...
Pas d'excuses
Cela dit, Arcade Fire a fait face à la musique. Pas question d'inventer des excuses bidon et d'opter pour une annulation, même si environ 5000 personnes dans une configuration avec une scène centrale, ce n'est pas évident à dynamiser. Le groupe s'est donc efforcé de démontrer que les absents ont tort - c'est tout à son honneur - avec un généreux spectacle.
Avant que le concert ne débute, on a eu droit à de petites animations numériques, qui mettaient en scène un personnage derrière lequel on reconnaissait Win Butler. En accord avec la campagne de promotion de l'album, elles se voulaient parodiques ou humoristiques, mais ça tombait à plat. Finalement, quand le groupe a été prêt à monter sur les planches, on nous a présenté le collectif à la manière d'un boxeur. D'ailleurs, on avait installé des câbles tout autour de la scène, en forme de ring. Les neufs complices ont ouvert les hostilités avec Everything Now et ses teintes Abba, après quoi, une Signs of Life a suivi, laissant la foule froide. On allait le constater souvent durant la soirée: c'est le Arcade Fire des débuts qui faisait mouche, alors que les titres de Reflektor ou d'Everything Now brisaient le rythme ou provoquaient des creux de vague.
C'est véritablement avec Rebellion (Lies) que la soirée a pris son envol. On renouait avec l'énergie propre au collectif, de même qu'avec le mur du son qu'il est capable de bâtir. Les neuf complices semblaient un peu à l'étroit sur les planches, mais bientôt, les câbles du ring sont tombés et la portion centrale de la scène s'est mise à pivoter. Outre ses interprétations, livrées avec assurance, Arcade Fire misait sur de superbes éclairages et des projections, au-dessus de la scène.
Message pro-immigration
Le groupe a évité les temps morts, imbriquant ses pièces les unes dans les autres. Win Butler a néanmoins passé un message pro immigration, avant que Régine Chassagne n'entonne Haïti. Le leader longiligne a souligné qu'il était immigrant lui-même.
S'il y a eu des baisses de régime à certains endroits, Arcade Fire a livré une solide performance. Neighborhood #1 (Tunnels), Ready To Start, de même que Neighborhood #3 (Power Out), absolument électrisante, figurent parmi les moments forts. Une petite nouvelle, servie en fin de parcours, Creature Comfort, a également fait bonne figure.
Au rappel, Win Butler est apparu parmi la foule, au parterre, pour la ballade We Don't Deserve Love, puis, après une reprise d'Everything Now, la bande a achevé avec l'incontournable hymne Wake Up.
Il est peut-être un peu tard pour développer son public lorsqu'on est rendu à jouer dans un aréna, mais Arcade Fire n'a pas eu peur de rattraper le temps perdu. On verra s'il aura marqué suffisamment de points pour rééditer l'aventure.
Wolf Parade
La formation Wolf Parade, qui a repris du service l'an dernier, après une longue pause de 5 ans, s'est chargée de la première partie. La troupe lancera son cinquième album, intitulé Cry Cry Cry, cet automne, et en a profité pour insérer du nouvau matériel. Servi par une excellente sono, le quatuor a démontré qu'il n'avait rien perdu de son aplomb, affichant une belle cohésion. Or en début de soirée, c'était encore plus tranquille qu'à Arcade Fire. C'était particulièrement silencieux entre les pièces!