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Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Pour Karine Vanasse, qui a joué surtout en anglais ces dernières années, c'est un retour dans une série québécoise.
Pour Karine Vanasse, qui a joué surtout en anglais ces dernières années, c'est un retour dans une série québécoise.

Après: la faute à qui? [VIDÉO]

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CHRONIQUE / Après Bête noire, qui explorait les lourdes répercussions d'une tuerie dans une école secondaire, la nouvelle série Après, disponible sur l'Extra d'ICI Tou.tv à partir de jeudi, s'intéresse à la reconstruction d'une communauté rurale frappée par une tragédie comparable.

Son auteur, François Pagé, est totalement inconnu et signe ici sa première série, produite par Anne Boyer et Michel d'Astous chez Duo Productions et réalisée par Louis Choquette.

Située à Lac Sabin, village des Laurentides, la série de six épisodes d'une heure commence avec ce drame innommable, une fusillade dans une épicerie qui fait plusieurs victimes. Sur place au moment du drame, la gérante du commerce, Maryse Malo (Karine Vanasse), tente de rassurer les survivants et de secourir une employée entre la vie et la mort.

Plutôt que de susciter la solidarité, la tragédie a plutôt pour effet de diviser la petite population de Lac Sabin, où tout le monde se connaît. On se pointe du doigt, on trouve des coupables, on entretient les ragots, rien de très beau.

Pour Karine Vanasse, qui a joué surtout en anglais ces dernières années, c'est un retour dans une série québécoise. Son personnage est plus carré, plus affirmé que ce qu'elle joue habituellement. Sur la défensive, elle doit répondre à ceux et celles qui la jugent en partie responsable du drame.

Mère monoparentale, Maryse a une grande fille de 18 ans, Danahée, atteinte de trisomie. Son interprète, Camille Vincent, fait partie d'une association qui monte des pièces de théâtre, où elle a été repérée.

Alors que les auteurs de tueries de masse sont en très grande majorité des hommes, c'est plutôt une femme qui commet ici le geste monstrueux. Un choix audacieux, qui permet justement de surprendre, d'aller là où les autres n'ont pas osé aller.

Dans cette communauté de 3000 habitants, on connaissait l'immense détresse de la tueuse sans avoir levé le petit doigt. «Tout le monde le savait mais vous n'avez rien fait. C'est vous autres qui avez tué mon Jérôme en faisant rien!» crie une mère anéantie par la mort de son jeune garçon.

Mais la production promet une lumière au bout du tunnel. Le premier directeur des émissions dramatiques et longs métrages, André Béraud, parle même d'une série qui fait du bien et qui fait œuvre utile. «Cette série parle de l'après, de résilience, comment se reconstruire, le sens de la communauté, les étapes que l'on vit après un drame et comment ça peut être un cheminement vers le haut.»

Le personnage le plus détestable est sans doute celui de Roger Thomas, joué par Marc Béland, le propriétaire de l'épicerie, plus proche des cennes que du cœur. Quand on propose d'engager une entreprise pour nettoyer la scène, il dit qu'il aurait préféré que les employés s'en chargent, pour économiser. C'est vous dire.

Le rôle probablement le plus difficile est attribué à Steve Laplante, celui du mari de la tueuse, Éric Leclerc, qui doit affronter le regard de tout le monde et trouver un semblant d'explication pour sa fille Simone (Aurélia Arandi-Longpré). «Comment ça se fait qu'on n'a rien vu?» demande celle-ci, incroyablement forte dans les circonstances.

Madeleine Péloquin incarne le médecin du village et sœur de Maryse, alors que David Boutin est l'expert spécialisé en traumatismes communautaires, dépêché sur place. Alexa-Jeanne Dubé, qui jouait la sœur de Constance dans Faits divers, hérite ici du rôle de policière, aussi compétente que cynique, appelée à intervenir le jour du drame avec son partenaire, joué par Anglesh Major.

Kathleen Fortin, qui joue une employée de l'épicerie, assez vindicative, excelle encore une fois. Il faudra un jour attribuer à cette actrice géniale le rôle principal d'une série.

Le récit d'Après est entrecoupé d'extraits d'une entrevue accordée par Maryse Malo à une journaliste, un an après la tragédie, ce qui permet plusieurs sauts dans le temps.

Madeleine Péloquin incarne le médecin du village et sœur de Maryse.

Mais qui est donc François Pagé, qui signe cette minisérie? Ne vous attendez pas à le voir partout en entrevue, l'auteur est discret et ne tient pas à se montrer publiquement, tel Réjean Ducharme. Une rareté dans le milieu, qui entretient certainement le mystère.

Michel d'Astous, qui a connu François Pagé dans une ancienne vie, l'a retrouvé par hasard. «Un beau hasard», dit l'auteur et producteur. En semi-retraite, François Pagé a eu l'idée d'écrire pour la télévision et lui a présenté cinq projets de séries. «C'était de très bon calibre. C'est quelqu'un qui va rester dans le paysage télévisuel. Il a fait ses preuves», croit Michel d'Astous.

Malgré toutes ces qualités, Après arrive à un bien drôle de moment. D'abord, la série se passe en plein hiver alors que l'été est à nos portes. Puis, elle arrive quelques semaines à peine après Bête noire à Séries Plus, centrée sur les dommages collatéraux d'une tuerie de masse. À l'inévitable jeu des comparaisons, après n'avoir vu que les deux premiers épisodes, je dois dire que j'ai été plus touché par la série de Sophie Deraspe.

N'empêche, la fin de toutes nos fictions en encouragera sûrement à visionner la série, qui ne compte que six épisodes. Les autres voudront attendre à la diffusion sur ICI Télé cet automne. N'attendez pas de suite, l'histoire est bouclée.

Pour Duo Productions, la boîte d'Anne Boyer et de Michel d'Astous, il s'agit d'un retour à Radio-Canada, là où ces auteurs avaient signé les téléromans Jeux de société et surtout Sous un ciel variable, qui reste un grand succès sans n'avoir jamais été rediffusé, étonnamment. Le diffuseur avait pourtant levé le nez sur Le retour que le duo est allé présenter à TVA. On connaît la suite.

Ce sont aussi des retrouvailles entre Karine Vanasse et le réalisateur Louis Choquette, qui l'a dirigée dans sa première série à la télé, 2 frères, aussi produite chez Duo. Choquette, qui a notamment réalisé Mirador et Les honorables, y va cette fois d'une approche très sobre, retenue. Mais on sent à chaque instant que tout peut exploser, que cet abcès du déni collectif doit être crevé.

Le hockey domine

Malgré le troisième match victorieux des Canadiens contre les Jets, qu'ont suivi 1 161 000 amateurs dimanche à TVA Sports, le 22e Gala Québec cinéma est arrivé deuxième au palmarès avec 451 000 téléspectateurs sur ICI Télé. Celui de 2019 en avait retenu 600 000. À TVA, le touchant documentaire La dernière maison a été vu par 374 000 téléspectateurs.

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